Introduction
Simon Bolivar est l'une des figures les plus emblématiques de l'histoire latino-américaine, incarnation du libérateur et du rêve d'unité continentale. Issu d'une riche famille créole de Caracas, il consacra sa vie et sa fortune à la cause de l'émancipation des colonies espagnoles d'Amérique du Sud. Son génie militaire, sa vision politique ambitieuse et son éloquence enflammée firent de lui le principal architecte de l'indépendance de cinq nations. Son parcours, marqué par des triomphes spectaculaires et des échecs amers, reflète les espoirs et les divisions complexes du continent naissant.
Jeunesse
Né dans une famille aristocratique d'origine basque, Simon Bolivar perdit ses parents très jeune. Il fut éduqué par des précepteurs, dont le plus influent fut Simón Rodríguez, qui lui transmit les idéaux des Lumières, notamment les œuvres de Rousseau, Montesquieu et Locke. En 1799, il fut envoyé en Espagne pour parfaire son éducation. Il y épousa María Teresa Rodríguez del Toro en 1802, mais celle-ci mourut de la fièvre jaune moins d'un an après leur retour au Venezuela. Ce deuil le marqua profondément et, selon ses dires, détourna son cœur vers la grande cause de la liberté. Il retourna en Europe, assista au couronnement de Napoléon et, lors d'un séjour à Rome sur le mont Sacré en 1805, fit le serment solennel de ne point laisser d'âme en repos jusqu'à ce qu'il eût brisé les chaînes de l'Espagne.
Ascension
De retour au Venezuela en 1807, Bolivar s'engagea activement dans le mouvement indépendantiste qui éclata en 1810. Après la proclamation de la Première République du Venezuela (1811) et sa chute rapide, il se réfugia à Carthagène des Indes (Nouvelle-Grenade). C'est là qu'il publia le 'Manifeste de Carthagène', analysant les causes de l'échec et plaidant pour une guerre offensive. Il lança alors la 'Campagne Admirable' en 1813, une fulgurante reconquête qui le mena jusqu'à Caracas, où il fut acclamé comme 'El Libertador' et instaura la Deuxième République. Celle-ci fut également écrasée en 1814 par les forces royalistes et les llaneros (cavaliers des plaines) fidèles au roi. Forcé à l'exil en Jamaïque puis à Haïti, il affina sa pensée politique, écrivant la célèbre 'Lettre de Jamaïque' (1815), véritable projet constitutionnel pour une Amérique espagnole indépendante et unie.
Apogee
Avec le soutien du président haïtien Alexandre Pétion, Bolivar organisa une nouvelle expédition en 1816. Il adopta une stratégie plus radicale, promettant la liberté aux esclaves pour élargir sa base sociale, et s'installa durablement dans les plaines de l'Orénoque. L'alliance décisive avec le général José Antonio Páez et ses llaneros, ainsi qu'avec le légionnaire britannique, lui permit de remporter des victoires clés. Le tournant fut la bataille de Boyacá (7 août 1819), qui libéra la Nouvelle-Grenade (Colombie). Il fonda alors la République de Grande Colombie, fédérant le Venezuela, la Nouvelle-Grenade et l'Équateur (libéré après la bataille de Pichincha en 1822). La libération du Pérou, confiée d'abord à José de San Martín, fut achevée par Bolivar après les victoires décisives de Junín et d'Ayacucho (1824), remportée par son maréchal Sucre. La Haute-Pérou fut rebaptisée Bolivie en son honneur en 1825, et il en rédigea la première constitution, centraliste et à vie.
Heritage
Les dernières années de Bolivar furent assombries par l'effritement de son rêve. La Grande Colombie se disloqua sous les pressions régionalistes, les rivalités personnelles et les critiques contre son projet de présidence à vie. Échappant à un attentat en 1828, usé par la maladie et la désillusion, il démissionna de la présidence en 1830. Il mourut la même année, pauvre et en exil, déclarant : 'J'ai labouré la mer'. Son héritage est immense et contrasté. Vénéré comme un héros national dans les pays qu'il libéra, il est aussi critiqué pour ses tendances autoritaires. Sa pensée politique, le 'bolivarisme', et son idéal d'unité latino-américaine continuent d'inspirer et de nourrir les débats sur l'identité et l'intégration du continent. Il reste le symbole suprême de la lutte pour l'indépendance et la souveraineté.
