Introduction
Saladin, de son nom complet Al-Nasir Salah al-Din Yusuf ibn Ayyub, est l'une des figures les plus emblématiques de l'histoire islamique et des Croisades. Né dans une famille kurde au service des Seldjoukides, il incarne l'idéal du souverain musulman pieux, stratège et magnanime. Son règne marqua un tournant décisif dans l'équilibre des forces au Proche-Orient, mettant fin à près d'un siècle de domination franque sur Jérusalem et unifiant l'Égypte, la Syrie, le nord de la Mésopotamie et le Yémen sous une même bannière. Son héritage dépasse le cadre militaire pour toucher à la gouvernance, à la justice et à la construction d'un État centralisé.
Jeunesse
Saladin naît à Tikrit, où son père, Najm al-Din Ayyub, est gouverneur. La famille, d'origine kurde, est rapidement contrainte à l'exil et se met au service de l'atabeg zengide de Mossoul et d'Alep, Nur al-Din. Saladin grandit à Damas et reçoit une éducation classique en théologie, droit, poésie et, surtout, en art militaire. Il accompagne son oncle Shirkuh dans des campagnes en Égypte, un théâtre d'opérations crucial où les Fatimides chiites et les Croisés se disputent l'influence. Ces expéditions forgent son expérience du commandement et de la politique complexe de la région.
Ascension
À la mort de son oncle Shirkuh en 1169, Saladin, alors vizir du calife fatimide affaibli, manœuvre avec habileté. Il écarte ses rivaux, consolide son pouvoir et, en 1171, abolit le califat fatimide chiite, rétablissant ainsi la souveraineté sunnite et l'autorité nominale de Nur al-Din en Égypte. À la mort de ce dernier en 1174, Saladin se lance dans une campagne d'unification des territoires musulmans de Syrie et de Mésopotamie, combattant autant les autres princes zengides que les Croisés. Par une combinaison de force militaire, de diplomatie et d'alliances matrimoniales, il parvient à se faire reconnaître comme sultan d'Égypte et de Syrie, fondant la dynastie ayyoubide.
Apogee
L'apogée de Saladin survient en 1187. Profitant des divisions au sein des États croisés et de la provocation du seigneur Renaud de Châtillon, il déclare le jihad. Le 4 juillet 1187, il inflige une défaite écrasante à l'armée franque à la bataille de Hattin, capturant le roi Guy de Lusignan et exécutant Renaud de Châtillon. Cette victoire ouvre la voie à la reconquête de la plupart des places fortes franques, dont le symbole suprême : Jérusalem, qui capitule le 2 octobre 1187. Contrairement au massacre perpétré par les Croisés en 1099, Saladin accorde aux habitants chrétiens la vie sauve contre une rançon, faisant preuve d'une clémence qui frappa les chroniqueurs de l'époque. Cette reconquête déclencha la Troisième Croisade, menée par Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et Frédéric Barberousse. Malgré la perte d'Acre, Saladin parvint à contenir l'offensive et à préserver Jérusalem, aboutissant au traité de paix de Ramla en 1192 avec Richard.
Heritage
Saladin meurt à Damas en 1193, pauvre, dit-on, ayant distribué ses richesses à ses sujets. Son empire fut partagé entre ses parents, mais son œuvre d'unification fut éphémère. Pourtant, son héritage symbolique est immense. Dans le monde musulman, il devint le modèle du souverain juste, du libérateur et du défenseur de l'islam. En Occident, malgré sa qualité d'« infidèle », les chroniqueurs louèrent sa chevalerie, sa magnanimité et sa piété, en faisant une figure romantique de l'âge des Croisades. Au XIXe et XXe siècles, il fut réinventé comme un héros national par les Arabes et les Kurdes, et comme un symbole de résistance. Son mausolée à Damas reste un lieu de visite.
