Introduction
Pierre le Grand est l'une des figures les plus marquantes de l'histoire russe, un souverain réformateur dont le règne transforma profondément son pays. Son ambition était de sortir la Russie de ce qu'il percevait comme un état d'arriération pour en faire une puissance moderne, sur le modèle des États européens. Son règne autoritaire et son énergie prodigieuse laissèrent une empreinte indélébile sur l'empire, tant sur le plan territorial qu'institutionnel et culturel.
Jeunesse
Pierre naît en 1672, fils du tsar Alexis Ier et de sa seconde épouse. Après une période de régence troublée et de révoltes des streltsy (corps d'arquebusiers), il partage d'abord le pouvoir avec son demi-frère Ivan V, sous la régence de leur sœur Sophie. Écarté du pouvoir, il grandit dans le village de Preobrajenskoïe près de Moscou, où il se passionne pour les arts militaires, la navigation et les techniques occidentales. Il forme ses premiers régiments, les « régiments de jeu », noyaux de la future armée moderne, et fréquente le quartier étranger de Moscou, s'initiant aux sciences et aux mœurs européennes.
Ascension
En 1689, Pierre écarte définitivement sa sœur Sophie du pouvoir et règne seul après la mort d'Ivan en 1696. Dès le début, il manifeste sa volonté de changement. Son « Grande Ambassade » (1697-1698) en Europe occidentale (Hollande, Angleterre, Saint-Empire) est un voyage d'étude et de recrutement de spécialistes. Il y travaille incognito comme charpentier dans les chantiers navals d'Amsterdam. Rappelé par une nouvelle révolte des streltsy, qu'il réprime avec une extrême brutalité, il rentre déterminé à accélérer les réformes.
Apogee
Son règne est marqué par deux entreprises colossales. La première est la modernisation interne : il réorganise l'administration sur le modèle suédois, crée des collèges (ministères), soumet l'Église orthodoxe à l'État via le Saint-Synode, impose des costumes occidentaux, fonde des écoles techniques et la première université (l'Académie des sciences). Il lance une industrialisation forcée, notamment dans l'armement et la métallurgie. La seconde est la politique étrangère expansionniste. Après un échec initial, il remporte la longue Grande Guerre du Nord (1700-1721) contre le roi Charles XII de Suède. La victoire de Poltava en 1709 est décisive. Par le traité de Nystad (1721), la Russie acquiert les provinces baltes (Estonie, Livonie) et un accès à la mer Baltique. En 1703, il fonde Saint-Pétersbourg sur les marais du delta de la Neva, « fenêtre sur l'Europe » qui devient la nouvelle capitale en 1712, symbole de sa Russie nouvelle.
Heritage
Pierre le Grand meurt en 1725 sans avoir désigné de successeur, ouvrant une période d'instabilité. Son héritage est immense et contradictoire. Il a fait de la Russie un empire (proclamé en 1721) et une grande puissance européenne, doublée d'une formidable machine militaire et administrative. Cependant, ses réformes furent imposées par la contrainte, au prix d'une pression fiscale écrasante et du servage renforcé pour la paysannerie. Il créa un fossé entre une élite occidentalisée et le peuple. Malgré tout, il reste le modèle du souverain réformateur et le fondateur de la Russie moderne, une référence absolue pour ses successeurs.
