Introduction
Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev est une figure majeure du XXe siècle, dont l'action politique a profondément et durablement remodelé l'ordre mondial. Élu secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique en 1985, il hérite d'un empire en crise économique, politique et morale. Conscient de l'urgence des réformes, il tente de moderniser et de sauver le système soviétique par une série de mesures audacieuses, déclenchant involontairement des forces qu'il ne pourra plus contrôler.
Jeunesse
Né dans une famille de paysans du kraï de Stavropol, dans le sud de la Russie, Gorbatchev connaît les privations de l'ère stalinienne, notamment la grande famine de 1932-1933. Excellent élève, il travaille comme conducteur de moissonneuse-batteuse avant d'intégrer la faculté de droit de l'université d'État de Moscou en 1950. C'est là qu'il adhère au Parti communiste (1952) et rencontre sa future épouse, Raïssa Titarenko, qui influencera sa vision du monde. Après ses études, il retourne à Stavropol pour y faire carrière au sein du parti, gravissant les échelons grâce à son efficacité et son pragmatisme.
Ascension
Repéré par des figures influentes comme Iouri Andropov, Gorbatchev est appelé à Moscou en 1978 pour devenir secrétaire du Comité central chargé de l'agriculture. En 1980, il entre au Politburo, l'organe dirigeant du pays. À la mort de Konstantin Tchernenko en mars 1985, le Politburo, cherchant un dirigeant jeune et énergique pour rompre avec la stagnation (zastoi) de l'ère Brejnev, le choisit comme secrétaire général. À 54 ans, il devient le plus jeune dirigeant soviétique depuis Staline.
Apogee
Son apogée correspond à la période 1985-1991, marquée par ses tentatives de réforme. La perestroïka visait à réformer l'économie en introduisant des éléments de marché et d'autonomie des entreprises. La glasnost levait le voile sur les crimes du passé stalinien et permettait une liberté d'expression inédite. En politique étrangère, il mit fin à la course aux armements et au conflit idéologique avec l'Occident, symbolisé par ses sommets avec Ronald Reagan et le retrait des troupes d'Afghanistan. Ces politiques aboutirent à la chute du mur de Berlin (1989) et à l'émancipation des pays d'Europe de l'Est. Cependant, les réformes économiques échouèrent, aggravant les pénuries, tandis que les nationalismes des républiques soviétiques s'exacerbèrent.
Heritage
L'héritage de Gorbatchev est ambivalent et contrasté. En Occident, il est salué comme l'homme de la paix, l'architecte de la fin de la Guerre froide sans bain de sang, et un réformateur courageux. Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1990. En Russie, beaucoup lui reprochent d'avoir précipité la chute d'une superpuissance, entraînant une décennie de chaos économique et une perte de prestige international. Après le putsch manqué d'août 1991 et la dissolution de l'URSS en décembre de la même année, il démissionne de ses fonctions. Il reste ensuite une voix critique, mais marginale, dans la vie politique russe, créant une fondation et se présentant sans succès à l'élection présidentielle de 1996. Son héritage le plus durable est sans doute la transformation géopolitique du monde, marquant la fin d'un ordre bipolaire.
