Introduction
Klemens Wenzel Nepomuk Lothar, prince de Metternich-Winneburg zu Beilstein, est une figure centrale de l'histoire européenne du premier XIXe siècle. Issu de la haute aristocratie rhénane, il consacra sa vie à la défense de l'ordre ancien, des monarchies légitimes et de l'équilibre continental contre les forces révolutionnaires et napoléoniennes. Son influence fut telle que la période allant du Congrès de Vienne (1815) aux révolutions de 1848 est souvent appelée l'« Ère Metternich ».
Jeunesse
Né à Coblence dans une famille de la noblesse immédiate d'Empire, Metternich reçoit une éducation cosmopolite, étudiant à Strasbourg et Mayence. La Révolution française, qui confisque les biens de sa famille en Rhénanie, forge sa profonde aversion pour les idéaux révolutionnaires. Il entre au service diplomatique de la monarchie des Habsbourg, d'abord comme ambassadeur à Dresde (1801), puis à Berlin (1803) et surtout à Paris (1806-1809). Ce poste crucial lui permet d'observer de près Napoléon et de nouer des relations influentes.
Ascension
En 1809, après la défaite autrichienne à Wagram, l'empereur François Ier le nomme ministre des Affaires étrangères. Metternich mise alors sur une politique d'accommodement avec la France, orchestrant le mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche en 1810. Cette stratégie vise à gagner du temps pour reconstruire les forces de l'Empire. Lorsque la campagne de Russie tourne au désastre pour Napoléon, Metternich manœuvre avec habileté, faisant basculer l'Autriche dans la Sixième Coalition en 1813 après des négociations infructueuses. Il devient l'un des principaux artisans de la chute de l'Empereur.
Apogee
Son heure de gloire arrive avec le Congrès de Vienne (1814-1815), qu'il organise et dirige en grande partie. Metternich y impose sa vision d'un équilibre européen fondé sur la légitimité des dynasties, l'endiguement de la France et le refus des principes nationaux et libéraux. Il est le pilier de la Sainte-Alliance (initiée par le tsar) et surtout de l'Alliance Quadruple (Autriche, Prusse, Russie, Grande-Bretagne), instrument de la répression collective contre les révolutions. En Autriche, où il devient chancelier d'État en 1821, il établit un régime policier strict, censurant la presse et surveillant les universités pour étouffer toute velléité de changement.
Heritage
Le « système Metternich » maintint une paix relative en Europe pendant près de trois décennies, mais il fut balayé par la vague révolutionnaire de 1848. Contraint de démissionner et de s'exiler à Londres, Metternich revient à Vienne en 1851, mais sans influence politique. Il meurt en 1859, année où les guerres d'unification italienne remettent en cause l'ordre qu'il avait édifié. Son héritage est double : il est à la fois considéré comme un réactionnaire aveugle aux aspirations des peuples et comme un réaliste géopolitique qui préserva l'Empire des Habsbourg et évita un conflit généralisé en Europe. Ses Mémoires constituent une source essentielle sur cette période.
