Introduction
Frédéric II de Prusse (1712-1786) est l'une des figures les plus marquantes du XVIIIe siècle européen. Roi-soldat et philosophe, il incarna les contradictions et les ambitions de son époque. Héritier d'un royaume relativement modeste, il le transforma par la guerre, la réforme administrative et une politique économique volontariste en une puissance de premier plan, posant les fondations de l'unité allemande future. Son règne, long de 46 ans, est un mélange de militarisme rigoureux et d'adhésion aux idéaux des Lumières, faisant de lui l'archétype du 'despote éclairé'.
Jeunesse
L'enfance de Frédéric fut marquée par un conflit violent avec son père, le roi-sergent Frédéric-Guillaume Ier, qui méprisait ses goûts pour la musique, la littérature française et la philosophie. La tentative de fuite du jeune prince en 1730 se solda par un échec tragique : son complice et ami, Hans Hermann von Katte, fut exécuté sous ses yeux. Frédéric fut emprisonné, puis contraint à une réconciliation formelle. Cette période forgea son caractère, lui apprenant la dissimulation et la patience. Il se plia aux exigences de son père, assumant des fonctions militaires et administratives, tout en cultivant en secret son esprit par une correspondance assidue avec les philosophes européens, notamment Voltaire.
Ascension
À la mort de son père en 1740, Frédéric II monta sur le trône. Il surprit immédiatement l'Europe en mettant en pratique ses théories sur la raison d'État. Moins de sept mois après son accession, sans déclaration de guerre formelle, il envahit la riche province autrichienne de Silésie, déclenchant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). Cette action, motivée par des considérations purement stratégiques et économiques, révéla son audace et son cynisme politique. Malgré des revers, il parvint à conserver la majeure partie de la Silésie à l'issue du conflit, doublant ainsi la population et les ressources de la Prusse.
Apogee
Le règne de Frédéric atteignit son apogée et sa plus grande épreuve pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). Face à une coalition formidable regroupant l'Autriche, la France, la Russie, la Saxe et la Suède, la Prusse frôla l'anéantissement. Les talents militaires de Frédéric, sa résilience et le 'miracle de la maison de Brandebourg' (le retrait soudain de la Russie après la mort de l'impératrice Élisabeth) lui permirent de sauver son royaume et de confirmer sa possession de la Silésie au traité de Hubertusburg. Après la guerre, il se consacra à la reconstruction et aux réformes intérieures : promotion de l'immigration, développement de l'agriculture, réforme du droit (Code Frédéricien), soutien aux sciences et aux arts. Il fit construire le palais de Sanssouci à Potsdam, qui devint le symbole de son refuge intellectuel.
Heritage
À sa mort en 1786, Frédéric laissait une Prusse considérablement agrandie et renforcée, dotée d'une administration efficace et d'une armée redoutée. Il est considéré comme le créateur de la puissance prussienne, dont Bismarck exploitera plus tard l'héritage pour unifier l'Allemagne. Son image est double : d'un côté, le stratège génial et le réformateur éclairé, promoteur de la tolérance religieuse (il déclarait : 'Toutes les religions doivent être tolérées') ; de l'autre, le monarque absolutiste et belliqueux, dont le militarisme imprégna la culture politique prussienne. Son œuvre écrite, volumineuse (histoire, poésie, traités militaires), et sa correspondance en font un témoin majeur du siècle des Lumières.
