Introduction
Frédéric Barberousse est l'une des figures impériales les plus célèbres du Moyen Âge germanique. Son règne, long de près de quarante ans, symbolise l'apogée du pouvoir impérial avant le grand conflit avec la papauté. Surnommé 'Barberousse' (Barbarossa) en raison de sa barbe rousse flamboyante, il incarna l'idéal du souverain chevaleresque et guerrier, mais aussi législateur, cherchant sans relâche à restaurer la grandeur de l'Empire romain de Charlemagne.
Jeunesse
Né vers 1122, Frédéric est le fils de Frédéric II de Souabe et de Judith de Bavière. Il grandit dans le duché de Souabe, fief des Hohenstaufen. Son éducation est celle d'un prince de son temps, centrée sur la guerre, la chasse et les rudiments du gouvernement. Il participe activement aux côtés de son oncle, le roi Conrad III, lors de la deuxième croisade (1147-1149), une expérience formatrice qui lui vaut prestige et expérience militaire. À la mort de Conrad en 1152, ce dernier désigne Frédéric, plutôt que son propre fils mineur, pour lui succéder, choix ratifié par les princes-électeurs.
Ascension
Élu roi des Romains en 1152, Frédéric hérite d'un royaume divisé par les querelles entre les grandes familles, notamment les Welfs (Guelfes) et les Hohenstaufen (Gibelines). Sa première action est de rétablir la paix intérieure par une politique d'équilibre et de concessions, octroyant par exemple le duché de Bavière à son cousin Welf, Henri le Lion. Couronné empereur par le pape Adrien IV en 1155, il se fixe comme objectif principal de faire reconnaître son autorité souveraine sur les riches villes d'Italie du Nord, qui contestaient le pouvoir impérial au nom de leurs libertés communales.
Apogee
Le règne de Barberousse est marqué par six expéditions militaires en Italie. Il impose sévèrement son autorité, détruisant Milan en 1162 après un long siège. Cependant, la résistance des villes lombardes, regroupées dans la Ligue lombarde, et l'opposition de la papauté, notamment du pape Alexandre III, aboutissent à sa défaite cuisante à la bataille de Legnano en 1176. Cet échec le contraint à la paix de Constance (1183), par laquelle il reconnaît une large autonomie aux communes en échange d'une souveraineté formelle. En Allemagne, il consolide le pouvoir royal en créant de nouveaux duchés et en s'appuyant sur les ministériaux (serviteurs royaux non nobles). L'apogée de son prestige a lieu en 1188, lorsqu'il prend la tête de la Troisième Croisade aux côtés de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion, pour reprendre Jérusalem.
Heritage
La mort de Barberousse en Anatolie, avant même d'atteindre la Terre Sainte, fut un choc pour la chrétienté et donna naissance à une légende tenace : celle de l'empereur endormi dans une caverne des montagnes de Kyffhäuser, attendant le moment de se réveiller pour restaurer la grandeur de l'Allemagne. Ce mythe fut instrumentalisé des siècles plus tard, notamment au XIXe siècle lors de l'unification allemande. Sur le plan historique, son règne renforça l'institution impériale et laissa une œuvre législative importante. Cependant, ses conflits avec la papauté et les villes italiennes préparèrent le terrain pour les luttes dévastatrices qui affaibliront ses successeurs. Il est considéré comme le plus grand empereur médiéval allemand après Charlemagne et Otton le Grand.
