Introduction
Élisabeth Ire monta sur le trône dans un contexte de profonde instabilité religieuse et politique, héritant d'un royaume divisé par la Réforme, appauvri et menacé par les puissances catholiques d'Europe, notamment la France et l'Espagne. Son règne de quarante-quatre ans transforma l'Angleterre en une puissance maritime et culturelle de premier plan. Elle incarna l'État et sut manier à la fois l'autorité et le pragmatisme, devenant un symbole de résilience et de prospérité.
Jeunesse
La jeunesse d'Élisabeth fut marquée par le danger et l'incertitude. Déclarée illégitime après l'exécution de sa mère, Anne Boleyn, en 1536, elle fut réintégrée dans l'ordre de succession par son père. Sous le règne de sa demi-sœur catholique Marie Ire (Marie Tudor), elle fut emprisonnée à la Tour de Londres en 1554, soupçonnée d'être impliquée dans la rébellion de Wyatt. Cette épreuve forgea sa prudence, sa maîtrise de soi et ses talents de dissimulation, qualités essentielles pour sa survie future.
Ascension
Elle devint reine à l'âge de 25 ans, à la mort de Marie, le 17 novembre 1558. Son accession fut accueillie avec un immense soulagement par la majorité protestante du pays. Elle nomma rapidement William Cecil (futur Lord Burghley) comme son principal secrétaire, inaugurant l'une des collaborations les plus fructueuses de l'histoire anglaise. Son premier grand acte fut l'établissement, via l'Acte de Suprématie et l'Acte d'Uniformité (1559), d'un compromis religieux, l'Église anglicane, qui établissait le protestantisme tout en conservant une structure épiscopale, apaisant partiellement les tensions.
Apogee
L'apogée de son règne est marqué par des succès militaires, diplomatiques et culturels. Elle soutint discrètement la révolte des Provinces-Unies contre l'Espagne. La confrontation avec Philippe II d'Espagne culmina avec la défaite de l'Invincible Armada en 1588, une victoire attribuée à la fois à la tactique anglaise, aux tempêtes et au leadership d'Élisabeth, qui galvanisa ses troupes à Tilbury. Sur le plan intérieur, son patronage des arts vit l'éclosion du théâtre élisabéthain, avec des figures comme William Shakespeare et Christopher Marlowe. L'exploration et la piraterie (menées par des « corsaires » comme Francis Drake) enrichirent le royaume et posèrent les bases de l'empire colonial.
Heritage
L'héritage d'Élisabeth Ire est colossal. Elle laissa une Angleterre unifiée, confiante dans son identité protestante et tournée vers les océans. La question de sa succession, qu'elle refusa toujours de trancher clairement, aboutit à l'avènement de Jacques VI d'Écosse (Jacques Ier d'Angleterre), unissant les couronnes. Le mythe de la « Reine Vierge », habilement entretenu, fit d'elle un symbole de dévotion exclusive à la nation. L'« Ère élisabéthaine » reste synonyme de renaissance culturelle, d'exploits maritimes et de la fondation de la puissance anglaise moderne.
