Introduction
David Livingstone incarne l'idéal victorien de l'explorateur-missionnaire, mêlant foi chrétienne, curiosité scientifique et impérialisme humanitaire. Son nom est indissociable de la cartographie de l'Afrique australe et centrale, alors largement inconnue des Européens. Plus qu'un simple aventurier, il fut un observateur méticuleux de la géographie, de la flore, de la faune et des peuples, publiant des récits qui ont captivé le public britannique et influencé la politique coloniale.
Jeunesse
Né dans une famille modeste de l'industrie cotonnière près de Glasgow, David Livingstone commence à travailler dans une usine à l'âge de dix ans. Autodidacte acharné, il étudie le latin, les sciences et la théologie le soir. Sa foi le pousse vers la médecine et les missions. Il obtient son diplôme de médecine à la Faculté de médecine de l'Anderson's College de Glasgow et est ordonné par la Société missionnaire de Londres (LMS) en 1840. Son objectif initial était la Chine, mais la guerre de l'Opium l'en détourne. La LMS l'envoie alors en Afrique du Sud en 1841.
Ascension
Établi à la station missionnaire de Kuruman, Livingstone s'enfonce rapidement vers le nord, estimant que son travail d'évangélisation doit être précédé par l'exploration et l'ouverture de voies commerciales « légitimes » pour supplanter la traite esclavagiste. Son premier grand voyage (1852-1856) le rend célèbre : il traverse le continent d'est en ouest, de l'océan Atlantique (Luanda) à l'océan Indien (Quelimane), devenant le premier Européen à voir les chutes Mosi-oa-Tunya, qu'il renomme « Victoria Falls » en l'honneur de sa reine. Ses récits et ses conférences en font un héros national.
Apogee
Devenu célèbre, Livingstone démissionne de la LMS et est nommé consul britannique pour l'Afrique centrale. Ses explorations ultérieures visent à trouver les sources du Nil, un Graal géographique de l'époque. Il explore le bassin du Zambèze, découvre le lac Malawi et sillonne la région des Grands Lacs. Son dernier grand voyage (1866-1873) est marqué par des difficultés extrêmes, la maladie, la désertion de ses porteurs et des conflits avec les trafiquants d'esclaves arabes et swahilis. Pendant près de six ans, il est coupé du monde occidental, présumé mort.
Heritage
La rencontre historique avec le journaliste Henry Morton Stanley, envoyé à sa recherche, à Ujiji en 1871 (« Dr. Livingstone, I presume? »), relance son mythe. Livingstone meurt peu après, en 1873, au cœur de l'Afrique. Ses serviteurs, Chuma et Susi, embaument son cœur (enterré sous un arbre) et portent son corps et ses journaux sur un périple de plus de 1 500 km jusqu'à la côte, permettant son inhumation à l'abbaye de Westminster. Son héritage est complexe : il a considérablement accru les connaissances géographiques et ethnographiques de l'Afrique, mais ses voyages ont aussi ouvert la voie au « partage » colonial du continent. Son combat anti-esclavagiste, largement médiatisé, a influencé l'opinion publique et la politique britannique. Il reste une figure controversée, symbole pour les uns de l'impérialisme, pour les autres de la résistance humanitaire.
