Introduction
Charles de Gaulle est une figure colossale de l'histoire française du XXe siècle, symbole de la résistance nationale et architecte des institutions politiques modernes de la France. Sa carrière, marquée par une vision intransigeante de l'indépendance et de la grandeur de la France, l'a conduit du statut de chef militaire dissident à celui de fondateur d'un régime politique. Son action a profondément façonné la France contemporaine, tant sur le plan intérieur qu'international, laissant un héritage politique et idéologique toujours vivant.
Jeunesse
Né dans une famille catholique et patriote de la bourgeoisie du Nord, Charles de Gaulle est destiné très tôt à la carrière des armes. Il intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1908, dont il sort diplômé en 1912. Affecté au 33e régiment d'infanterie d'Arras, commandé alors par le colonel Philippe Pétain, il participe à la Première Guerre mondiale où il est blessé à trois reprises et fait prisonnier en 1916 après la bataille de Verdun. Ses tentatives d'évasion répétées échouent. L'entre-deux-guerres est pour lui une période de réflexion et d'écriture. Officier d'état-major, il développe dans des ouvrages comme 'Le Fil de l'épée' (1932) et 'Vers l'armée de métier' (1934) des théories militaires novatrices, plaidant pour la création d'une armée de métier mécanisée et blindée, en avance sur son temps mais peu écouté par l'état-major français.
Ascension
La défaite de mai-juin 1940 face à l'Allemagne nazie est l'événement catalyseur de son destin. Alors que le gouvernement du maréchal Pétain s'apprête à demander l'armistice, de Gaulle, promu général de brigade à titre temporaire et sous-secrétaire d'État à la Guerre, refuse la capitulation. Le 18 juin 1940, depuis Londres, il lance sur les ondes de la BBC un appel à la résistance, fondant la France Libre. Isolé au début, il parvient à unifier les différentes forces de la Résistance intérieure et extérieure, créant le Comité français de la Libération nationale (CFLN) en 1943. À la Libération, il devient président du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) et restaure l'autorité de l'État. Mais en désaccord avec les partis politiques sur les institutions de la IVe République, qu'il juge trop instables, il démissionne en janvier 1946 et entre dans une 'traversée du désert' de douze ans.
Apogee
La crise algérienne et l'instabilité gouvernementale de la IVe République le ramènent au pouvoir en mai 1958. Investi président du Conseil, il fait approuver par référendum une nouvelle Constitution, donnant naissance à la Ve République, où le président, élu au suffrage universel direct à partir de 1962, dispose de pouvoirs étendus. Élu premier président de cette République en décembre 1958, puis réélu en 1965, il mène une politique de grandeur nationale. Il résout la guerre d'Algérie par les accords d'Évian (1962) et l'indépendance, modernise l'économie, dote la France de l'arme nucléaire (force de frappe) et poursuit une politique étrangère d'indépendance vis-à-vis des deux blocs (retrait du commandement intégré de l'OTAN en 1966, critique de la guerre du Vietnam, rapprochement avec l'URSS et la Chine, soutien au Québec libre). Il est aussi un moteur de la construction européenne, mais s'oppose à l'entrée du Royaume-Uni et défend une Europe des nations.
Heritage
L'héritage de Charles de Gaulle est immense et structurant. Les institutions de la Ve République, qu'il a créées, ont prouvé leur résilience. Sa politique étrangère d'indépendance nationale et de rayonnement a durablement marqué la diplomatie française. Le gaullisme, en tant que doctrine politique mêlant souveraineté nationale, autorité de l'État et justice sociale, continue d'influencer une partie de la vie politique. Après l'échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat en avril 1969, il démissionne et se retire à Colombey-les-Deux-Églises, où il meurt l'année suivante. Sa figure demeure un symbole de la résistance et de l'État, régulièrement invoquée dans le débat public français.
