Introduction
Alexandre II Nikolaevitch, monté sur le trône en pleine guerre de Crimée, hérita d'un empire affaibli et archaïque. Conscient des profondes faiblesses structurelles révélées par le conflit, il engagea le plus vaste programme de réformes que la Russie ait connu depuis Pierre le Grand. Son règne constitue une période charnière, oscillant entre une modernisation nécessaire et la préservation de l'autocratie, une tension qui finira par lui coûter la vie.
Jeunesse
Fils aîné du tsar Nicolas Ier et de l'impératrice Alexandra Feodorovna, Alexandre reçut une éducation soignée et libérale pour un héritier russe, supervisée par le poète romantique Vassili Joukovski. Son 'tutorat' inclut des voyages à travers l'Empire et en Europe occidentale, lui donnant une vision plus large que celle de son père. Il fut associé très tôt aux affaires de l'État, siégeant au Conseil de l'Empire et au Comité des ministres, ce qui le prépara à la lourde tâche qui l'attendait.
Ascension
Son ascension au pouvoir en 1855 fut immédiatement marquée par l'échec cuisant de la guerre de Crimée, qui se solda par la défaite face à une coalition franco-britannico-ottomane. La capitulation de Sébastopol et le traité de Paris (1856) humilièrent la Russie et exposèrent son retard technologique et administratif. Alexandre II comprit que la survie de l'Empire et du régime autocratique passait par des réformes d'envergure, en commençant par la question brûlante du servage, qui enchaînait plus de 23 millions de paysans.
Apogee
L'apogée de son règne est incarné par la série de 'Grandes Réformes' des années 1860-1870. L'Émancipation des serfs en 1861 en est la pierre angulaire, libérant les paysans de la tutelle des seigneurs, même si les conditions (rachat des terres via des annuités, obchtchina) restèrent contraignantes. Suivirent la réforme judiciaire de 1864 (instauration de tribunaux indépendants, procès publics, jury), la réforme des zemstvos (assemblées locales élues chargées des affaires régionales), la réforme municipale, et une modernisation de l'armée. Il poursuivit également une politique expansionniste en Asie centrale et vendit l'Alaska aux États-Unis en 1867. Sa politique étrangère fut marquée par le soutien aux Slaves des Balkans contre l'Empire ottoman, conduisant à la guerre russo-turque de 1877-78.
Heritage
L'héritage d'Alexandre II est profondément ambivalent. D'un côté, il est le grand réformateur qui a engagé la Russie sur la voie de la modernité juridique et sociale, brisant l'institution séculaire du servage. De l'autre, ses réformes, souvent incomplètes et conservatrices dans leur application, déçurent à la fois les libéraux et les radicaux. La libéralisation du régime permit paradoxalement l'émergence d'une opposition révolutionnaire violente. Son assassinat en 1881 par des bombes lancées par des membres de Narodnaïa Volia mit un terme brutal à toute velléité réformatrice. Son fils, Alexandre III, instaura une réaction conservatrice et un renforcement de l'autocratie, considérant les réformes de son père comme la cause de l'agitation. Alexandre II reste une figure tragique, dont la mort scella le destin révolutionnaire de la Russie.
