Introduction
Les guerres d'indépendance latino-américaines constituent un processus historique complexe et décentralisé, marquant la fin de trois siècles de domination coloniale espagnole et portugaise. Déclenchées par la vacance du pouvoir en Espagne suite à l'invasion napoléonienne de 1808, elles ne forment pas une seule guerre mais un ensemble de mouvements aux chronologies, leaders et dynamiques régionales distinctes. Ce processus révolutionnaire a remodelé la carte politique du continent et posé les bases des États-nations modernes.
Description
Ces conflits opposèrent les patriotes (criollos, métis, indigènes et esclaves affranchis) aux royalistes fidèles à la couronne espagnole. Les théâtres principaux furent la Nouvelle-Espagne (Mexique et Amérique centrale), la Nouvelle-Grenade (Colombie, Venezuela, Équateur, Panama), le Río de la Plata (Argentine, Uruguay, Paraguay), le Chili et le Pérou (dernier bastion royaliste). La vice-royauté du Brésil a suivi un chemin différent, obtenant son indépendance du Portugal de manière plus pacifique et conservatrice en 1822. Les campagnes militaires combinèrent batailles conventionnelles et guerre de guérilla, dans des terrains extrêmement difficiles.
Histoire
La période s'étend de 1808 à 1833. La première phase (1808-1814) voit des juntes autonomes se former après la captivité du roi Ferdinand VII. Des révoltes éclatent, comme celle de Miguel Hidalgo au Mexique (1810) ou la première république au Venezuela. Une brève réconciliation a lieu lors du retour de Ferdinand VII (1814-1816). La seconde phase décisive (1817-1825) est menée par des libérateurs charismatiques. Simón Bolívar, depuis les plaines du Venezuela et la Nouvelle-Grenade, mène la campagne libératrice du nord, culminant avec les victoires de Boyacá (1819) et Carabobo (1821). José de San Martín, depuis le Río de la Plata, libère le Chili après la bataille de Maipú (1818) puis débarque au Pérou, proclamant son indépendance en 1821. La rencontre de Guayaquil (1822) entre Bolívar et San Martín est cruciale. Bolívar et son lieutenant Sucre achèvent la libération avec les victoires de Junín et d'Ayacucho (1824) au Pérou, et celle de Tumusla (1825) en Haute-Pérou (future Bolivie).
Caracteristiques
Ces guerres présentent plusieurs traits distinctifs : elles furent à la fois des guerres civiles (entre Américains) et des guerres d'indépendance contre la métropole ; elles eurent une dimension sociale complexe, avec des tensions entre criollos (créoles, élites blanches nées sur place) et péninsulaires (Espagnols nés en Europe), et des revendications des castas et indigènes souvent instrumentalisées ou réprimées ; la logistique et la géographie (cordillère des Andes, jungles, vastes distances) jouèrent un rôle stratégique majeur ; enfin, elles bénéficièrent d'un soutien indirect de la Grande-Bretagne (intérêts commerciaux) et, dans une moindre mesure, des États-Unis (doctrine Monroe, 1823).
Importance
L'impact de ces guerres est colossal. Sur le plan politique, elles donnent naissance à une quinzaine de nouvelles républiques souveraines, même si le rêve bolivarien d'une grande confédération (Grande Colombie, Pérou-Bolivie) échoue rapidement, conduisant à la fragmentation. Socialement, l'abolition des titres de noblesse et des monopoles commerciaux est acquise, mais les structures socio-économiques profondes (latifundia, inégalités) persistent souvent, limitant la participation des masses. L'économie s'ouvre au libre-échange, dominé par la Grande-Bretagne. Culturellement, elles forgent les mythes fondateurs et les identités nationales, avec des figures héroïsées comme Bolívar, San Martín, Hidalgo, Morelos ou Artigas. Le continent entre ensuite dans une longue période d'instabilité (caudillisme, guerres frontalières).
