Introduction
La guerre Iran-Irak, souvent appelée la « Première Guerre du Golfe », est un conflit prolongé et extrêmement meurtrier qui a profondément remodelé la géopolitique du Moyen-Orient. Déclenchée par l'invasion irakienne de l'Iran en 1980, elle a opposé deux régimes autoritaires aux ambitions régionales rivales et aux idéologies antagonistes : le nationalisme panarabe baasiste de Saddam Hussein et le fondamentalisme islamique chiite de la République islamique d'Iran, nouvellement établie par l'ayatollah Khomeiny.
Description
La guerre fut caractérisée par plusieurs phases distinctes. L'offensive irakienne initiale, lancée le 22 septembre 1980, visait à s'emparer de la région pétrolifère du Khouzistan et à renverser le régime iranien. Après des succès initiaux, l'armée irakienne fut stoppée. Dès 1982, l'Iran, galvanisé par son idéologie révolutionnaire, lança de coûteuses contre-offensives humaines (notamment avec les « Bassidjis », de jeunes volontaires). Le conflit s'enlisa alors dans une longue guerre d'usure et de positions, rappelant la Première Guerre mondiale, avec des tranchées, des charges à la baïonnette et l'usage massif d'artillerie. La « Guerre des villes » vit les deux capitales, Téhéran et Bagdad, bombardées par des missiles. La « Guerre des pétroliers » étendit le conflit au Golfe Persique, où les deux belligérants attaquèrent les navires civils, poussant les grandes puissances à intervenir pour sécuriser les voies maritimes.
Histoire
Les causes du conflit sont profondes et multiples : un contentieux frontalier historique sur le Chatt al-Arab (l'estuaire commun du Tigre et de l'Euphrate), des rivalités ethniques (Arabes contre Perses) et sectaires (gouvernement irakien sunnite contre majorité chiite et leadership iranien chiite), ainsi que les ambitions personnelles de Saddam Hussein. Celui-ci, voyant l'Iran affaibli par sa révolution et les purges de son armée, pensait à une victoire rapide. La guerre prit fin le 20 août 1988, lorsque l'Iran accepta la résolution 598 du Conseil de sécurité de l'ONU, après une série de revers militaires et l'utilisation généralisée d'armes chimiques par l'Irak contre ses troupes et sa population civile (comme à Halabja en 1988). Le cessez-le-feu rétablit essentiellement le statu quo ante bellum.
Caracteristiques
Ce conflit présente plusieurs traits distinctifs : 1) Une dimension idéologique forte (révolution islamique vs nationalisme arabe). 2) L'emploi à grande échelle et systématique d'armes de destruction massive (gaz neurotoxiques, moutarde) par l'Irak, souvent avec une complaisance internationale. 3) Une guerre économique centrée sur les infrastructures pétrolières. 4) Un soutien international paradoxal : l'Irak fut largement soutenu financièrement et militairement par les monarchies du Golfe, l'URSS, la France et, de manière clandestine, par les États-Unis (affaire Iran-Contra malgré un embargo officiel), tandis que l'Iran était relativement isolé. 5) Des pertes humaines exceptionnelles, estimées entre 500 000 et 1,2 million de morts, avec un lourd tribut payé par les civils.
Importance
La guerre Iran-Irak eut un impact dévastateur et durable. Elle renforça les régimes des deux dictateurs (Saddam Hussein et les ayatollahs) en instrumentalisant le patriotisme. Elle épuisa économiquement les deux pays, détruisant villes et infrastructures. Pour l'Irak, la dette colossale contractée auprès du Koweït fut un facteur déclencheur de son invasion en 1990, menant à la Guerre du Golfe. Pour l'Iran, elle consolida l'idéologie du martyre et l'isolement. Régionalement, elle créa un équilibre de la terreur et une rivalité qui structure encore la région, visible dans les conflits par procuration en Syrie, en Irak et au Yémen. Enfin, elle légitima l'usage d'armes chimiques, établissant un précédent tragique.
