Guerre du Yémen

La guerre du Yémen est un conflit complexe et dévastateur qui a débuté en 2014, opposant principalement le gouvernement yéménite reconnu internationalement, soutenu par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite, aux rebelles Houthis, soutenus par l'Iran. Elle a provoqué la pire crise humanitaire au monde selon l'ONU, avec des millions de personnes au bord de la famine et une infrastructure civile en ruine.

Introduction

La guerre du Yémen, souvent qualifiée de 'guerre oubliée', est un conflit aux dimensions multiples : guerre civile, guerre par procuration régionale et théâtre de la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Elle a transformé le pays le plus pauvre du Moyen-Orient en un champ de ruines humanitaire, avec des conséquences catastrophiques pour la population civile, prise en étau entre les belligérants et soumise à un blocus aérien et maritime.

Description

Le conflit oppose principalement deux camps. D'un côté, les Houthis (officiellement Ansar Allah), un mouvement politico-militaire zaïdite (une branche du chiisme) originaire du nord du Yémen, qui a pris le contrôle de la capitale Sanaa en septembre 2014 puis d'une grande partie du pays. De l'autre, le gouvernement internationalement reconnu du président Abd Rabbo Mansour Hadi, exilé en Arabie saoudite, soutenu par une coalition militaire dirigée par Riyad et Abou Dhabi (la Coalition pour le Soutien à la Légitimité au Yémen). Cette coalition intervient militairement depuis mars 2015 par des frappes aériennes et un blocus. Le conflit est également marqué par la présence d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) et de l'État islamique, qui ont profité du chaos pour étendre leur influence, notamment dans le sud et l'est. La situation est encore compliquée par les aspirations séparatistes du Conseil de Transition du Sud, soutenu par les Émirats arabes unis.

Histoire

Les racines du conflit remontent aux révoltes de 2011 dans le cadre du Printemps arabe, qui ont conduit au départ du président Ali Abdallah Saleh après 33 ans de pouvoir. La transition politique fragile qui a suivi a été incapable de résoudre les griefs structurels : pauvreté chronique, corruption, rivalités régionales et religieuses. Les Houthis, marginalisés, ont lancé une offensive depuis leur bastion de Saada. En septembre 2014, ils s'emparent de Sanaa avec une rapidité surprenante, bénéficiant d'une alliance tactique avec leur ancien ennemi, l'ex-président Saleh, et de la faiblesse de l'armée régulière. En mars 2015, face à l'avancée houthiste vers Aden, dernière grande ville tenue par le gouvernement Hadi, l'Arabie saoudite forme une coalition de dix pays (dont les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, le Bahreïn, l'Égypte et le Soudan) et lance l'opération 'Tempête décisive'. Le conflit s'enlise rapidement dans une guerre d'usure. L'assassinat de l'ex-président Saleh par les Houthis en décembre 2017 consolide leur contrôle mais ferme une éventuelle porte de sortie politique. Malgré plusieurs rounds de pourparlers sous l'égide de l'ONU et une trêve fragile en 2022, aucun accord politique durable n'a été trouvé.

Caracteristiques

Cette guerre présente plusieurs caractéristiques marquantes. C'est d'abord une guerre par procuration (proxy war) où l'Arabie saoudite et l'Iran s'affrontent indirectement, Riyad accusant Téhéran de fournir aux Houthis des armes sophistiquées (drones et missiles). C'est aussi une guerre de siège et de blocus, la coalition imposant un contrôle strict sur les ports et aéroports, aggravant délibérément la crise humanitaire. Le conflit est caractérisé par un mépris flagrant du droit international humanitaire : bombardements indiscriminés sur des marchés, hôpitaux et écoles ; utilisation d'armes interdites (comme les mines antipersonnel) ; recrutement d'enfants soldats par toutes les parties. Enfin, c'est une guerre médiatiquement opaque, où l'accès des journalistes et des humanitaires est extrêmement restreint, contribuant à son statut de 'crise oubliée'.

Importance

L'importance de la guerre du Yémen est immense. Sur le plan humanitaire, elle a créé la pire crise au monde. Plus de 21 millions de personnes (les deux tiers de la population) ont besoin d'aide humanitaire, 4,5 millions sont déplacées à l'intérieur du pays, et des épidémies de choléra et de diphtérie ont ravagé une population affaiblie par la malnutrition. Sur le plan régional, elle a exacerbé les tensions sunnites-chiites et consolidé l'axe de résistance iranien, les Houthis menaçant directement la sécurité de l'Arabie saoudite et des Émirats avec des drones et missiles. Le conflit a également transformé la géopolitique du Golfe, renforçant le rôle militaire des Émirats arabes unis et compliquant les relations des États-Unis avec Riyad, tout en offrant un terrain d'expansion pour les groupes jihadistes. Enfin, il a démontré les limites du système international et du Conseil de sécurité de l'ONU, incapable d'imposer un cessez-le-feu ou une solution politique.

Anecdotes

Le 'cimetière des navires' d'al-Hudaydah

Le port d'al-Hudaydah, principal point d'entrée de l'aide humanitaire et contrôlé par les Houthis, est devenu le théâtre d'une guerre navale invisible. La coalition saoudienne a détruit ou endommagé des dizaines de navires de pêche et de barges, les accusant de transporter des armes. Ces épaves rouillées, échouées le long de la côte, forment un 'cimetière des navires' spectral, symbole du blocus qui étrangle le pays et prive les pêcheurs de leur seul moyen de subsistance.

Les frappes de drones sur les champs pétroliers saoudiens

En septembre 2019, les Houthis ont revendiqué une attaque de drones et de missiles de croisière d'une sophistication inédite contre des installations pétrolières cruciales d'Aramco à Abqaiq et Khurais, en Arabie saoudite. L'attaque a temporairement réduit de moitié la production pétrolière du royaume, faisant bondir les cours mondiaux du pétrole. Bien que Riyad et Washington aient accusé l'Iran d'en être le commanditaire direct, cet événement a démontré la capacité des Houthis à projeter une menace stratégique bien au-delà des frontières yéménites, changeant la nature du conflit.

Le sort du MSF

Médecins Sans Frontières (MSF), présent au Yémen depuis longtemps, a été directement touché par la violence. Entre 2015 et 2018, ses établissements de santé ont été bombardés ou touchés par des tirs au moins à cinq reprises par la coalition saoudienne, causant la mort de patients et de personnel. En janvier 2022, l'organisation a été contrainte de suspendre ses activités dans les régions sous contrôle houthi après que ses employés ont subi des actes de violence, des détentions arbitraires et des menaces, illustrant les immenses difficultés de l'aide humanitaire à rester neutre et à opérer dans ce conflit.

Sources

  • ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project) - Data on Yemen
  • ONU - Rapports du Secrétaire général sur le Yémen et du Groupe d'experts éminents
  • International Crisis Group - Reports: 'The Yemen War: The Houthi Enemy Within' et autres
  • Human Rights Watch - Rapports sur les violations des droits humains au Yémen
  • Médecins Sans Frontières - Communiqués et rapports sur la situation au Yémen
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