Introduction
La guerre du Kosovo constitue le dernier chapitre des guerres de Yougoslavie, un conflit complexe mêlant revendications nationalistes, tensions ethniques séculaires et ingérence de la communauté internationale. Elle oppose principalement le régime de Slobodan Milošević, déterminé à conserver le contrôle de la province serbe du Kosovo, à la majorité albanaise kosovare aspirant à l'indépendance. Le conflit, marqué par des crimes de guerre et une crise humanitaire majeure, a abouti à une intervention militaire inédite de l'OTAN et a profondément remodelé l'ordre politique dans les Balkans.
Description
Le conflit trouve ses racines dans la suppression de l'autonomie du Kosovo par Slobodan Milošević en 1989, alimentant une résistance pacifique puis armée de la population albanaise. L'Armée de libération du Kosovo (UÇK), née en 1996, intensifie ses attaques contre les forces serbes en 1998, provoquant une répression brutale. Les opérations militaires serbes, notamment lors de l'offensive de l'été 1998 et du massacre de Račak en janvier 1999, visent délibérément les civils albanais, entraînant des déplacements massifs de population. Les échecs des négociations de Rambouillet poussent l'OTAN à lancer l'opération 'Force Alliée', un bombardement aérien de 78 jours contre la Yougoslavie à partir du 24 mars 1999. Cette campagne aérienne, menée sans mandat du Conseil de sécurité de l'ONU (veto russe anticipé), force finalement la Yougoslavie à accepter les conditions internationales et à retirer ses forces du Kosovo en juin 1999.
Histoire
La chronologie du conflit est jalonnée d'événements clés. En mars 1998, après des affrontements initiaux, le Conseil de sécurité de l'ONU impose un embargo sur les armes à la Yougoslavie. L'offensive serbe majeure de l'été 1998 déplace plus de 300 000 personnes. Le massacre de 45 civils albanais à Račak en janvier 1999 par les forces serbes devient un point de non-retour, catalysant la volonté d'intervention occidentale. Les pourparlers de Rambouillet (février-mars 1999) échouent, la délégation yougoslave refusant la présence d'une force de l'OTAN au Kosovo. Le 24 mars 1999, l'OTAN lance ses frappes aériennes. Pendant le bombardement, les forces serbes accélèrent les expulsions et les atrocités, provoquant un exode de près de 800 000 réfugiés albanais. Le 10 juin 1999, l'OTAN suspend ses frappes après l'adoption de la résolution 1244 de l'ONU, qui place le Kosovo sous administration internationale (MINUK) et déploie une force de paix dirigée par l'OTAN (KFOR). Le Kosovo déclarera unilatéralement son indépendance en 2008.
Caracteristiques
Cette guerre présente plusieurs caractéristiques distinctes. C'est la première guerre 'humanitaire' menée par l'OTAN, justifiée par la nécessité d'empêcher un génocide, bien que ce terme fasse débat parmi les historiens. Elle fut menée exclusivement par des frappes aériennes de haute précision (bien que comportant des 'dommages collatéraux' notables comme le bombardement de l'ambassade de Chine à Belgrade) pour éviter les pertes au sol de l'Alliance. Le conflit a également été une guerre de l'information intense, chaque camp cherchant à influencer l'opinion publique internationale. Sur le terrain, il a combiné une guérilla asymétrique (UÇK), une contre-insurrection brutale (forces serbes) et un nettoyage ethnique systématique. Le rôle du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) fut crucial pour établir les faits et condamner les responsables des crimes, dont Slobodan Milošević (mort pendant son procès).
Importance
La guerre du Kosovo a eu un impact considérable sur le droit international, la géopolitique européenne et la région des Balkans. Elle a établi le principe controversé de 'l'ingérence humanitaire' ou 'responsabilité de protéger' (R2P), même sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, créant un précédent juridique et politique majeur. Elle a confirmé le rôle de l'OTAN comme gendarme régional en Europe post-Guerre froide. La guerre a abouti à la perte définitive du contrôle serbe sur le Kosovo, ouvrant la voie à son indépendance en 2008, reconnue par une centaine d'États mais farouchement contestée par la Serbie et ses alliés comme la Russie et la Chine. Elle a laissé une société kosovare profondément divisée, avec une minorité serbe du Nord du Kosovo toujours réticente à l'autorité de Pristina. Enfin, elle a renforcé l'ancrage des pays des Balkans occidentaux dans l'orbite euro-atlantique, tout en alimentant les ressentiments et les tensions qui persistent aujourd'hui.
