Introduction
La Guerre d'Indochine est un conflit majeur de la décolonisation, se déroulant dans la péninsule indochinoise, alors fédération de l'Union française comprenant le Vietnam, le Laos et le Cambodge. Elle incarne la lutte d'un mouvement nationaliste révolutionnaire contre une puissance coloniale affaiblie par la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte émergent de la Guerre froide. Ce conflit asymétrique, souvent qualifié de 'sale guerre', préfigure les guerres de libération nationale et les interventions américaines en Asie du Sud-Est.
Description
Le conflit oppose principalement les forces de l'Union française, composées du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) et des armées des États associés (Vietnam, Laos, Cambodge), au Việt Minh (Ligue pour l'indépendance du Vietnam). Dirigé par Hồ Chí Minh et son commandant militaire, le général Võ Nguyên Giáp, le Việt Minh est une organisation politique et militaire structurée, mêlant idéologie communiste et nationalisme. La guerre se caractérise par une phase de guérilla généralisée (1946-1950) suivie d'une phase de conflit conventionnel plus intense (1950-1954), avec des batailles frontales. Le théâtre d'opérations est extrêmement difficile : jungle, rizières, delta du fleuve Rouge et hauts plateaux, favorisant les embuscades et la mobilité des forces légères du Việt Minh.
Histoire
Les racines du conflit remontent à la colonisation française au XIXe siècle et à la montée des mouvements indépendantistes. En septembre 1945, Hồ Chí Minh proclame l'indépendance de la République démocratique du Vietnam (RDV) à Hanoï. Des négociations avec la France échouent. L'incident de Haiphong en novembre 1946, un bombardement français de la ville, marque le début des hostilités. La guerre s'enlise dans une guérilla jusqu'en 1950, lorsque la victoire du Việt Minh à la frontière chinoise (bataille de la RC4) et la reconnaissance de la RDV par la Chine communiste et l'URSS transforment le conflit. Le Việt Minh reçoit alors un soutien logistique massif. La France, soutenue financièrement par les États-Unis dans le cadre de la doctrine de l'endiguement du communisme, tente de porter un coup décisif en établissant une base aéroterrestre à Diên Biên Phu en 1953. Le siège de cette base, du 13 mars au 7 mai 1954, se solde par une écrasante victoire du Việt Minh. Cette défaite précipite la fin de la guerre et conduit à la conférence de Genève de juillet 1954.
Caracteristiques
C'est une guerre révolutionnaire et asymétrique. Le Việt Minh applique une stratégie de 'guerre du peuple', mêlant action politique et militaire, avec un fort ancrage dans la population rurale. Le conflit est aussi une 'guerre dans la guerre', avec des affrontements parallèles entre sectes religieuses et groupes nationalistes rivaux au Sud Vietnam. L'utilisation massive du corps expéditionnaire, composé de soldats professionnels, de légionnaires, de troupes coloniales et de mobilisés locaux, contraste avec l'armée populaire du Việt Minh. La guerre est marquée par une extrême violence des deux côtés, des exactions, et l'emploi de la torture. C'est également le premier conflit où l'hélicoptère est utilisé de manière significative pour l'évacuation sanitaire et le transport de troupes.
Importance
La Guerre d'Indochine a un impact profond. Elle met fin à la présence coloniale française en Indochine et conduit aux accords de Genève, qui partitionnent le Vietnam provisoirement le long du 17e parallèle, créant un Nord communiste (RDV) et un Sud pro-occidental. Cette partition instable est la cause directe de la guerre du Vietnam (ou deuxième guerre d'Indochine). Le conflit consacre la stature du général Giáp et du modèle de guerre révolutionnaire. Pour la France, c'est un traumatisme militaire et politique qui contribue à la chute de la IVe République. À l'échelle mondiale, elle représente une victoire majeure des mouvements de libération nationale dans le contexte de la Guerre froide et renforce l'engagement américain en Asie du Sud-Est, posant les bases de l'intervention future.
