Guerre des Malouines

La guerre des Malouines est un conflit armé qui opposa l'Argentine au Royaume-Uni en 1982 pour le contrôle des îles Malouines (Falkland Islands), de la Géorgie du Sud et des îles Sandwich du Sud. Ce conflit de 74 jours, déclenché par l'invasion argentine, se solda par une victoire militaire britannique décisive, permettant à Londres de reprendre le contrôle de l'archipel. La guerre eut des conséquences politiques majeures dans les deux pays, renversant la dictature militaire argentine et consolidant le gouvernement de Margaret Thatcher.

Introduction

La guerre des Malouines, survenue du 2 avril au 14 juin 1982, est un conflit court mais intense pour la souveraineté sur un archipel isolé de l'Atlantique Sud. Elle oppose la junte militaire argentine, dirigée par le général Leopoldo Galtieri, au gouvernement conservateur britannique de Margaret Thatcher. Ce conflit post-colonial, marqué par des combats aériens, navals et terrestres dans des conditions climatiques extrêmes, constitue l'un des rares exemples de guerre conventionnelle en mer depuis 1945 et a profondément marqué les sociétés et la politique des deux nations impliquées.

Description

Les îles Malouines, situées à environ 480 km des côtes argentines et 12 800 km du Royaume-Uni, sont un territoire britannique d'outre-mer depuis 1833, mais leur souveraineté est revendiquée par l'Argentine sous le nom d'« Islas Malvinas ». Le 2 avril 1982, l'Argentine lance l'opération « Rosario », envahissant et occupant rapidement les îles, comptant sur la distance géographique et un possible désintérêt britannique. En réponse, le Royaume-Uni constitue une puissante « Task Force » (Force opérationnelle) pour reconquérir les îles. Les opérations militaires s'étendent également aux dépendances des Malouines : la Géorgie du Sud, reprise par les Britanniques le 25 avril, et les îles Sandwich du Sud. Les combats sont caractérisés par l'emploi d'armes modernes : missiles Exocet argentins coulant des navires britanniques, sous-marins nucléaires britanniques imposant un blocus, et affrontements aériens intenses. La campagne terrestre culmine avec la bataille de Port Stanley, capitale des îles, aboutissant à la reddition des forces argentines le 14 juin 1982.

Histoire

Les racines du conflit remontent au XVIIIe siècle, avec des occupations successives française, britannique et espagnole. La souveraineté britannique est établie en 1833, mais constamment contestée par l'Argentine. Dans les années 1960-1970, des négociations diplomatiques infructueuses ont lieu sous l'égide de l'ONU. En 1982, la junte militaire argentine, fragilisée par une crise économique et une répression interne massive (« Guerre sale »), décide d'envahir pour canaliser le mécontentement populaire vers un objectif nationaliste unificateur. C'est une erreur de calcul stratégique : le Royaume-Uni, sous la ferme direction de Thatcher, réagit avec une détermination inattendue. La Task Force, menée par le porte-avions HMS Hermes et HMS Invincible, entame un long transit vers le théâtre d'opérations. Les combats clés incluent le torpillage du croiseur argentin ARA General Belgrano par le sous-marin HMS Conqueror (2 mai), le bombardement aérien du destroyer HMS Sheffield par un Exocet (4 mai), et les débarquements britanniques à San Carlos (21 mai). Après de durs combats à Goose Green, au mont Harriet, au mont Longdon et au mont Tumbledown, les forces britanniques encerclent et contraignent à la capitulation la garnison argentine de Port Stanley.

Caracteristiques

Ce conflit présente plusieurs caractéristiques uniques. C'est une guerre de projection de puissance à très longue distance, démontrant les capacités logistiques et la force aéronavale britanniques. Il a mis en lumière l'importance cruciale de la supériorité aérienne et des sous-marins. C'est également l'une des premières guerres où les missiles antinavires jouèrent un rôle décisif, infligeant de lourdes pertes à la Royal Navy. Sur le plan humain, il a impliqué des soldats professionnels britanniques (y compris la Légion étrangère et les SAS) et, côté argentin, de nombreux conscrits peu entraînés et mal équipés pour le climat rigoureux des îles. Le conflit s'est déroulé sans implication directe des blocs de la Guerre froide, bien que les États-Unis aient finalement apporté un soutien logistique et diplomatique crucial au Royaume-Uni, et que le Chili ait fourni une aide discrète aux Britanniques.

Importance

L'impact de la guerre fut immédiat et profond. En Argentine, la défaite humiliante précipita la chute de la junte militaire, ouvrant la voie au retour de la démocratie en 1983. Au Royaume-Uni, elle renforça considérablement la popularité du gouvernement Thatcher, lui assurant une large victoire aux élections de 1983, et redonna confiance en la puissance britannique post-impériale. Sur le plan international, elle confirma la volonté des puissances occidentales de défendre leurs territoires par la force. La souveraineté des îles reste un point de friction bilatéral : l'Argentine maintient sa revendication, tandis que les habitants des îles (les « Kelpers »), par référendum en 2013, ont massivement réaffirmé leur volonté de rester britanniques. La guerre laissa un lourd bilan : 649 militaires argentins, 255 britanniques et trois civils des îles tués.

Anecdotes

Le message de reddition

Le commandant argentin, le général Mario Menéndez, se rendit au major général britannique Jeremy Moore. La reddition fut signée dans une maison de Port Stanley. De manière célèbre, le commandant britannique aurait déclaré de façon laconique : « Je suis désolé que cela ait dû se terminer de cette façon. » Le général Menéndez répondit simplement : « Les soldats argentins se sont bien battus. » Les Britanniques autorisèrent les officiers argentins à conserver leurs armes de poing par respect pour leur rang, un geste chevaleresque rare dans les conflits modernes.

Les Exocet et l'ingéniosité

L'Argentine ne possédait que cinq missiles air-mer Exocet AM39. L'un d'eux, tiré d'un Super Étendard, coula le destroyer HMS Sheffield. Face à la pénurie, les Argentins tentèrent une opération audacieuse : adapter un missile Exocet destiné à une batterie côtière pour le lancer depuis un avion cargo C-130 Hercules. Le projet, nommé « Opération Algeciras », échoua. Parallèlement, les services de renseignement britanniques menèrent une vaste opération pour empêcher l'Argentine d'acquérir davantage de missiles sur le marché international, allant jusqu'à acheter eux-mêmes des Exocet potentiels par des intermédiaires.

Les « Miss » et la propagande

La BBC, en diffusant des informations pouvant être utiles à l'ennemi, provoqua la colère du gouvernement britannique. Un présentateur annonça par avance le débarquement à San Carlos. Plus tard, lorsque les Britanniques préparèrent l'assaut final sur Port Stanley, la BBC diffusa un message codé involontaire à l'intention des troupes : la chanson « Islands in the Stream » de Kenny Rogers et Dolly Parton. Les soldats l'interprétèrent comme le signal que l'attaque sur les « îles » (Malouines) était imminente. La radio argentine, elle, diffusait en boucle la chanson « Don't Cry for Me Argentina » pour soutenir le moral de ses troupes.

Sources

  • Freedman, Lawrence. The Official History of the Falklands Campaign (2 volumes). Routledge, 2005.
  • Hastings, Max, et Simon Jenkins. The Battle for the Falklands. Pan Books, 2010.
  • Büsser, Carlos. Operación Rosario: La toma de Malvinas. Editorial Atlántida, 1984.
  • Rapports du Ministère de la Défense du Royaume-Uni sur la campagne des Falklands.
  • Résolutions des Nations Unies sur la question des Malouines (notamment la résolution 2065).
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