Introduction
La Guerre d'Algérie, souvent qualifiée en France d'« événements » ou d'« opérations de maintien de l'ordre » jusqu'en 1999, est un conflit de décolonisation qui s'est déroulé du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962. Elle oppose les nationalistes algériens, principalement regroupés dans le Front de Libération Nationale (FLN) et son bras armé, l'Armée de Libération Nationale (ALN), à l'État français. L'Algérie, considérée comme une partie intégrante du territoire français (départements français), abritait une importante population de colons européens, les Pieds-Noirs, ce qui rendit la séparation particulièrement violente et complexe.
Description
Le conflit débute par une série d'attentats coordonnés le 1er novembre 1954 (la Toussaint rouge). Il se caractérise par une guerre asymétrique : le FLN mène une guérilla et une campagne de terrorisme en milieu urbain et rural, tandis que l'armée française, forte de près de 500 000 hommes à son apogée, répond par des opérations de ratissage massives, des camps de regroupement de populations et une systématisation de la torture pour obtenir des renseignements. La bataille d'Alger en 1957 est un épisode emblématique de cette violence urbaine. Le conflit s'internationalise, le FLN obtenant des soutiens dans le monde arabe, au sein du bloc communiste et à l'ONU. En France, il divise profondément l'opinion publique et la classe politique, menant à la chute de la IVe République et au retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958.
Histoire
Après des années de tensions et de revendications nationalistes, la guerre est officiellement déclenchée par le FLN en 1954. La France intensifie son effort militaire sans parvenir à écraser la rébellion. L'instabilité politique culmine avec la crise de mai 1958 à Alger, où un comité de salut public exige le retour de de Gaulle pour maintenir l'Algérie française. De Gaulle, initialement ambigu, évolue vers l'idée de l'autodétermination, provoquant la colère des Pieds-Noirs et d'une partie de l'armée (putsch des généraux en avril 1961, création de l'OAS - Organisation armée secrète - qui pratique le terrorisme pour s'y opposer). Les négociations secrètes aboutissent aux accords d'Évian, signés le 18 mars 1962, qui prévoient un cessez-le-feu et l'indépendance. Le référendum d'autodétermination en Algérie approuve massivement les accords. L'indépendance est proclamée le 5 juillet 1962. Le conflit s'achève par un exode massif et traumatique des Pieds-Noirs et des Harkis (Algériens ayant combattu pour la France), dont beaucoup sont abandonnés aux représailles.
Caracteristiques
Cette guerre présente plusieurs traits distinctifs : elle est à la fois une guerre de décolonisation, une guerre civile (entre indépendantistes, messalistes du MNA, et entre Algériens pro et anti-FLN), et un conflit interne à la France métropolitaine (oppositions politiques, actions de l'OAS). L'usage systématique et institutionnalisé de la torture par l'armée française pour briser les réseaux du FLN constitue un aspect controversé et longtemps occulté. C'est aussi une guerre médiatique, où la photographie et le reportage jouent un rôle important dans la mobilisation des opinions. Enfin, elle ne fut officiellement reconnue comme une « guerre » par l'Assemblée nationale française que le 18 octobre 1999.
Importance
La Guerre d'Algérie est un événement fondateur pour l'Algérie indépendante, dont le régime et l'identité nationale se sont construits autour de la mémoire de la révolution. Pour la France, elle marque la fin de l'empire colonial et le recentrage sur l'Europe (CEE). Elle a provoqué une crise morale et politique durable, obligeant à un travail de mémoire lent et douloureux sur la torture, l'abandon des Harkis et les traumatismes des deux communautés. Les relations franco-algériennes restent encore aujourd'hui marquées par ce passé, avec des contentieux mémoriels récurrents. Le conflit a également influencé les théories de la guerre contre-insurrectionnelle dans le monde.
