Introduction
Les Croisades constituent un chapitre fondamental de l'histoire médiévale, mêlant foi, guerre, politique et expansionnisme. Initiées en 1095 par l'appel du pape Urbain II au concile de Clermont, elles mobilisèrent pendant près de deux siècles des centaines de milliers de personnes, des rois aux paysans, dans une entreprise présentée comme une guerre sainte pour libérer la Terre Sainte. Au-delà de l'objectif religieux, elles catalysèrent des dynamiques complexes de pouvoir, de commerce et d'échanges culturels entre les civilisations chrétienne, musulmane et byzantine.
Description
Les Croisades sont traditionnellement divisées en neuf expéditions majeures, des premières qui aboutirent à la fondation d'États latins d'Orient (comté d'Édesse, principauté d'Antioche, royaume de Jérusalem, comté de Tripoli) aux dernières, plus limitées ou détournées de leur but initial. La Première Croisade (1096-1099) fut un succès militaire aboutissant à la prise sanglante de Jérusalem. Les suivantes connurent des fortunes diverses : la Troisième (1189-1192), menée par Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et Frédéric Barberousse, tenta de reprendre Jérusalem tombée aux mains de Saladin. La Quatrième (1202-1204), notoirement dévoyée, aboutit au sac de Constantinople, capitale chrétienne orthodoxe, creusant un schisme durable avec Byzance. D'autres croisades, comme celle des Albigeois, furent dirigées contre des hérétiques en Europe même.
Histoire
Le contexte immédiat est l'avancée des Turcs seldjoukides qui, après leur victoire à Manzikert (1071), menacent l'Empire byzantin et rendent les pèlerinages vers Jérusalem plus difficiles. L'appel d'Urbain II répond aussi à des motivations internes à l'Europe : canaliser la violence de la chevalerie, renforcer l'autorité pontificale et offrir une perspective aux cadets de famille. Le mouvement culmine aux XIIe et XIIIe siècles avant de s'essouffler. Le dernier bastion latin, Saint-Jean-d'Acre, tombe en 1291, marquant la fin de la présence franque en Palestine. L'idée de croisade persista bien après, se transformant en un concept de guerre sanctifiée par la papauté.
Caracteristiques
Les Croisades présentent plusieurs traits distinctifs. Elles sont proclamées par le pape, qui accorde une indulgence plénière (rémission des péchés) aux participants. Les croisés prennent un vœu et portent une croix sur leurs vêtements, d'où leur nom. Militairement, elles mettent en scène de longues marches à travers des territoires hostiles, des sièges de places fortes et des batailles rangées où la lourde cavalerie franque affronte la mobilité des armées musulmanes. Socialement, elles mobilisent toutes les classes, donnant lieu à des phénomènes comme la 'Croisade des enfants' de 1212. Elles s'accompagnent de la création d'ordres religieux-militaires (Templiers, Hospitaliers, Teutoniques) qui jouent un rôle crucial dans la défense des États latins.
Importance
L'impact des Croisades est immense et multiforme. Sur le plan politique, elles affaiblirent l'Empire byzantin (prélude à sa chute en 1453) et renforcèrent la monarchie en Occident. Économiquement, elles stimulèrent les échanges commerciaux entre les ports italiens (Gênes, Venise, Pise) et le Levant, introduisant en Europe de nouveaux produits et connaissances. Culturellement, elles permirent une redécouverte partielle de l'héritage antique et scientifique grec, transmis par le monde arabe, influençant la Renaissance. Elles durcirent également les antagonismes religieux entre christianisme et islam, et entre catholiques et orthodoxes, laissant un héritage de méfiance durable. Enfin, elles contribuèrent à forger une identité collective 'européenne' ou 'occidentale' face à un 'Orient' perçu comme différent.
