Zheng He

Zheng He fut un amiral, eunuque et diplomate chinois de la dynastie Ming, célèbre pour avoir commandé sept grandes expéditions maritimes entre 1405 et 1433. Ses voyages, les plus vastes de l'époque pré-moderne, le menèrent de l'Asie du Sud-Est jusqu'aux côtes de l'Afrique orientale, établissant des relations diplomatiques et commerciales. Il est une figure emblématique de la puissance navale et de l'ouverture de la Chine impériale.

Introduction

Zheng He (1371-1433 ou 1435), né Ma He dans une famille musulmane du Yunnan, fut capturé enfant par l'armée Ming, castré et intégré comme eunuque au service du prince Zhu Di, futur empereur Yongle. Son intelligence et sa loyauté lui valurent une ascension rapide. Sous le règne de Yongle, il fut chargé de commander une flotte colossale pour des « voyages de trésors » visant à étendre l'influence politique, commerciale et culturelle de la Chine Ming dans l'océan Indien, projet sans précédent dans l'histoire maritime mondiale.

Description

Les expéditions de Zheng He étaient d'une échelle phénoménale. La première flotte, en 1405, comptait environ 317 navires transportant près de 28 000 hommes. Les vaisseaux amiraux, les « bateaux-trésors », mesuraient jusqu'à 120 mètres de long (bien que ce chiffre soit débattu, ils dépassaient de loin les caravelles européennes contemporaines). La flotte comprenait des navires de transport de chevaux, de troupes, d'eau et de provisions. Ces voyages n'étaient pas des missions de découverte au sens européen, car les routes de l'océan Indien étaient déjà connues des marchands arabes et chinois, mais des démonstrations de puissance et de prestige impérial, combinant diplomatie, commerce protocolaire et parfois interventions militaires pour assurer la stabilité régionale.

Histoire

Entre 1405 et 1433, Zheng He dirigea sept grandes expéditions. Les premières (1405-1407, 1407-1409, 1409-1411) consolidèrent l'influence chinoise en Asie du Sud-Est (Java, Sumatra, Malacca) et en Inde (Calicut, Cochin). Les voyages suivants (1413-1415, 1417-1419, 1421-1422) le menèrent plus loin : aux ports arabes d'Hormuz et d'Aden, et jusqu'aux côtes africaines de la Somalie et du Kenya, d'où il ramena des animaux exotiques comme des girafes, interprétées comme des « qilin » (licornes chinoises), signes de faveur céleste. Un dernier voyage eut lieu entre 1431 et 1433, après la mort de l'empereur Yongle, sous le règne de l'empereur Xuande. À la suite de ces expéditions, coûteuses et critiquées par la faction conservatrice de la cour, la Chine Ming se replia sur elle-même. Les grandes expéditions maritimes furent abandonnées, la flotte démantelée et les archives brûlées, marquant la fin d'une ère d'expansion navale.

Caracteristiques

Zheng He se distingue par plusieurs traits marquants. D'abord, son profil unique : un eunuque musulman devenu amiral, commandant une flotte impériale. Ensuite, la nature de ses missions : elles étaient avant tout diplomatiques et commerciales, visant à intégrer les États riverains de l'océan Indien dans le système tributaire chinois, où les souverains locaux reconnaissaient symboliquement la suprématie de l'Empereur en échange de protection et de privilèges commerciaux. Enfin, sa méthode : il utilisait la force navale de manière dissuasive ou punitive (comme contre le pirate Chen Zuyi à Palembang) mais privilégiait la négociation et l'échange de cadeaux somptueux (soieries, porcelaines) contre des produits locaux (épices, bois précieux, pierres rares).

Importance

L'importance de Zheng He est immense mais contrastée. Ses voyages représentent l'apogée de la technologie navale chinoise (gouvernail axial, compas, cartes détaillées) et la plus grande capacité d'exploration maritime avant les Grandes Découvertes européennes. Ils établirent un réseau diplomatique et commercial chinois à travers l'Asie et l'Afrique, renforçant des cités-étapes comme Malacca. Cependant, leur impact à long terme fut limité par le « tournant intérieur » de la Chine après 1433. La comparaison avec les explorateurs européens qui suivirent (Vasco de Gama arriva à Calicut en 1498, là où la flotte chinoise avait accosté) souligne un choix géopolitique radicalement différent. Aujourd'hui, Zheng He est célébré comme un symbole de l'ouverture pacifique de la Chine et de ses capacités technologiques passées, notamment dans les pays d'Asie du Sud-Est où son héritage culturel est encore visible.

Anecdotes

La girafe de Malindi

Lors de son quatrième voyage, Zheng He reçut du sultanat de Malindi (au Kenya actuel) une girafe comme présent pour l'empereur. Les Chinois, n'ayant jamais vu cet animal, l'identifièrent au « qilin », une créature mythique de bon augure, signe de sagesse et de prospérité. Son arrivée à la cour fut interprétée comme une validation divine du règne de l'empereur Yongle et renforça le prestige des expéditions.

La stèle de Galle

À Galle, au Sri Lanka, Zheng He fit ériger une stèle trilingue (en chinois, tamoul et persan) en 1409. Elle rend hommage à Bouddha, à la divinité hindoue Tenavarai Nayanar et à Allah, reflétant à la fois le syncrétisme religieux de l'océan Indien et la volonté de Zheng He, lui-même musulman, de respecter les cultes locaux pour faciliter les relations diplomatiques. Cette stèle est un témoignage unique de la diplomatie culturelle de ses expéditions.

La fin des grandes jonques

Après la mort de Zheng He et le changement de politique impériale, la construction de grandes jonques de haute mer fut interdite. Les plans et journaux de bord de ses voyages furent systématiquement détruits par les fonctionnaires confucéens hostiles à ces entreprises coûteuses. Cette perte documentaire explique en partie pourquoi l'ampleur de ses exploits fut largement oubliée en Chine jusqu'au XXe siècle, avant d'être redécouverte par les historiens.

Sources

  • Levanthes, Louise. 'When China Ruled the Seas: The Treasure Fleet of the Dragon Throne, 1405-1433'. Oxford University Press, 1994.
  • Dreyer, Edward L. 'Zheng He: China and the Oceans in the Early Ming Dynasty, 1405-1433'. Pearson Longman, 2007.
  • Menzies, Gavin. '1421: The Year China Discovered the World'. Bantam Press, 2002. (À utiliser avec prudence, les thèses de cet ouvrage sont très controversées et largement rejetées par les historiens académiques).
  • Les Archives des Ming, en particulier les 'Annales de l'empereur Ming Taizong (Yongle)' et les 'Annales de l'empereur Ming Xuanzong (Xuande)'.
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