Introduction
Figure emblématique de l'ère élisabéthaine, Walter Raleigh incarne l'idéal de la Renaissance anglaise : homme d'action, de lettres et d'ambition. Né vers 1554 dans le Devon, il gravit les échelons de la cour grâce à son charisme, son intelligence et son service militaire en Irlande. Favori de la reine Élisabeth Ire, il obtint le monopole des expéditions vers le Nouveau Monde, devenant le principal promoteur de l'expansion coloniale anglaise et un rival des puissances espagnole et portugaise.
Description
Walter Raleigh était un personnage complexe et polyvalent. Il était un courtisan raffiné, réputé pour son élégance (la légende, probablement fausse, lui attribue d'avoir jeté son manteau sur une flaque pour la reine). C'était aussi un poète talentueux, un historien (il écrivit une 'Histoire du Monde' depuis sa cellule à la Tour de Londres) et un soldat expérimenté. Son ambition était sans limites, mue par un désir de gloire, de richesse et de service à la couronne. Il combinait une curiosité intellectuelle authentique pour les nouvelles terres et peuples avec une soif impitoyable de pouvoir et de profit, typique des aventuriers de son temps.
Histoire
La carrière de Raleigh fut une montagne russe. Après avoir servi dans l'armée et gagné les faveurs de la reine dans les années 1580, il reçut une charte pour explorer et coloniser l'Amérique du Nord. En 1585, il parraina la première expédition qui établit une colonie sur l'île de Roanoke (actuelle Caroline du Nord). Cette colonie échoua. Une seconde tentative en 1587, avec John White comme gouverneur, aboutit à la fameuse 'Colonie perdue', dont tous les colons disparurent mystérieusement. En 1595, il mena une expédition en Amérique du Sud à la recherche de la légendaire 'El Dorado', qu'il décrit dans 'The Discovery of Guiana'. Sa chute commença lorsqu'il épousa secrètement une dame de compagnie de la reine, Elizabeth Throckmorton, ce qui lui valut d'être emprisonné à la Tour. Libéré, il participa à la dernière grande bataille contre l'Armada espagnole. À la mort d'Élisabeth en 1603, son successeur Jacques Ier, hostile à Raleigh et cherchant la paix avec l'Espagne, l'accusa de trahison dans le 'Complot de Main'. Condamné à mort, il fut emprisonné à la Tour pendant 13 ans, où il écrivit et mena des expériences scientifiques. Libéré temporairement en 1616 pour une seconde expédition à la recherche d'or en Guyane, il échoua et ses hommes attaquèrent un avant-poste espagnol, violant la paix. À la demande de l'Espagne, Jacques Ier fit exécuter l'ancienne sentence : Raleigh fut décapité à Westminster le 29 octobre 1618.
Caracteristiques
Raleigh se distinguait par son esprit d'entreprise et sa capacité à mobiliser des capitaux et des soutiens pour des projets risqués. Il était un propagandiste habile, publiant des récits enthousiastes sur le Nouveau Monde pour stimuler l'intérêt et l'investissement. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il montra un certain respect ethnographique pour les peuples autochtones qu'il rencontra, les décrivant souvent comme 'nobles sauvages' par contraste avec la 'décadence' européenne. Il était également un pionnier en matière de culture : il planta des pommes de terre dans son domaine irlandais de Youghal et popularisa fortement l'usage du tabac à la cour, contribuant à deux importations qui changèrent durablement les habitudes européennes.
Importance
L'importance de Walter Raleigh est double. D'abord, bien que ses tentatives de colonisation aient échoué, elles ouvrirent la voie aux succès futurs en Virginie (Jamestown, 1607) et établirent la prétention anglaise sur la côte est de l'Amérique du Nord. Il fut l'un des principaux architectes intellectuels de l'empire maritime anglais. Ensuite, sa vie et sa mort tragique en firent un symbole. Pour les Anglais protestants de son époque et des générations suivantes, il incarna le héros élisabéthain martyr, victime d'un roi faible et pro-espagnol. Son exécution marqua la fin de l'ère des grands aventuriers-courtisans et le début d'une colonisation plus systématique par des compagnies par actions, comme la Compagnie de Virginie qu'il avait lui-même inspirée.
