Introduction
Robert Edwin Peary (1856-1920) est une figure majeure et controversée de l'âge héroïque de l'exploration polaire. Ingénieur civil de la marine américaine, il consacra plus de vingt ans de sa vie à la conquête du pôle Nord, un objectif qui obséda la communauté exploratoire internationale. Sa revendication de la découverte en 1909 déclencha une célèbre polémique avec Frederick Cook, qui affirmait l'avoir atteint un an plus tôt. L'héritage de Peary est un mélange d'exploits logistiques remarquables, d'adaptation aux méthodes inuites, et d'un doute scientifique qui n'a jamais été entièrement levé.
Description
Né en Pennsylvanie, Peary intègre le Corps des ingénieurs civils de la marine américaine en 1881. Sa fascination pour l'Arctique naît lors d'une mission au Nicaragua. À partir de 1886, il lance une série d'expéditions au Groenland, où il acquiert une expertise cruciale. Il démontre que le Groenland est une île et établit la « route de la mer de Lincoln » vers le nord. Sa méthode, révolutionnaire pour l'époque, repose sur l'adoption des techniques de survie et de déplacement des Inuits : utilisation de traîneaux à chiens, de vêtements en peau de caribou et de phoque, et recrutement d'aides inuits experts. Son expédition finale de 1908-1909, à bord du navire le *Roosevelt* spécialement conçu, fut le point d'orgue de cette approche méticuleuse.
Histoire
La quête du pôle Nord de Peary fut progressive. Après plusieurs tentatives infructueuses (notamment en 1905-1906 où il établit un record à 87°06'N), il lance son assaut final en juillet 1908. Hivernant au cap Columbia sur l'île d'Ellesmere, il entame sa marche vers le pôle le 1er mars 1909 avec une équipe de soutien qui se relaye pour ouvrir la piste et ravitailler un petit groupe d'élite. Le 6 avril 1909, Peary affirme avoir planté le drapeau américain au pôle Nord, accompagné de son fidèle assistant Matthew Henson et de quatre Inuits (Ootah, Seegloo, Egingwah, et Ooqueah). Le retour fut rapide, exploitant les camps et les provisions laissés à l'aller. À son retour, il apprend la revendication antérieure de Frederick Cook, déclenchant une âpre controverse médiatique. Malgré les doutes (notamment sur la vitesse incroyable de son dernier tronçon et l'absence de preuves navigationnelles incontestables), une commission d'enquête de la National Geographic Society et d'autres institutions valida officiellement son exploit, lui accordant une renommée mondiale.
Caracteristiques
Peary était un organisateur et un logisticien hors pair. Son innovation majeure fut le système des « équipes de soutien » et des relais, qui permettaient au groupe de tête de voyager plus léger. Il comprit l'importance de s'appuyer sur le savoir-faire inuit, contrairement à de nombreux explorateurs de son temps. C'était aussi un personnage ambitieux, autoritaire et déterminé, obsédé par la gloire d'être « le premier ». Son expédition était financée par des mécènes privés et des sociétés savantes, nécessitant une grande capacité à communiquer et à promouvoir ses projets.
Importance
L'importance de Robert Peary est double. D'une part, il est considéré dans l'histoire populaire et institutionnelle américaine comme le conquérant du pôle Nord, un symbole de ténacité et d'ingéniosité. Ses expéditions ont considérablement accru les connaissances géographiques du Haut-Arctique et ont démontré l'efficacité des techniques polaires indigènes. D'autre part, sa revendication est l'une des plus grandes controverses de l'histoire de l'exploration. Les analyses modernes, basées sur ses propres journaux et les données océaniques, suggèrent qu'il a probablement manqué le pôle de quelques kilomètres, sans pouvoir trancher définitivement. Ainsi, Peary incarne à la fois le sommet de l'exploration polaire « à l'ancienne » et les limites des preuves de l'ère pré-technologique. Son héritage est indissociable de celui de Matthew Henson, dont le rôle crucial fut longtemps minimisé pour des raisons raciales.
