John Hanning Speke

John Hanning Speke est un explorateur britannique de l'ère victorienne, célèbre pour avoir découvert le lac Victoria, qu'il identifia comme la source du Nil Blanc. Ses expéditions en Afrique de l'Est, souvent en compagnie de Richard Francis Burton, furent fondamentales pour la cartographie de la région. Sa controverse publique avec Burton sur l'origine du Nil est l'une des grandes querelles scientifiques du XIXe siècle.

Introduction

John Hanning Speke (1827-1864) incarne l'archétype de l'explorateur victorien, mû par la soif de gloire, l'esprit d'aventure et les ambitions impériales britanniques. Officier de l'armée des Indes, il se tourne vers l'exploration africaine pour se forger un nom. Sa vie est marquée par une découverte géographique majeure – le lac Victoria – et par une amitié devenue rivalité acharnée avec un autre géant de l'exploration, Richard Francis Burton. Sa mort prématurée, à la veille d'un débat public crucial, ajoute une dimension tragique à son héritage controversé.

Description

Né le 4 mai 1827 dans le Somerset, Speke s'engage dans l'armée britannique des Indes à 17 ans. Il y acquiert des compétences en chasse, en topographie et une endurance à toute épreuve. Sa première expédition africaine a lieu en 1854-55 en Somalie, aux côtés de Burton, où il est grièvement blessé. En 1857, la Royal Geographical Society finance une grande expédition dirigée par Burton pour trouver les Grands Lacs d'Afrique centrale, soupçonnés d'être les sources du Nil. Speke en est le second. Atteints de maladies, les deux hommes atteignent le lac Tanganyika en février 1858. Alors que Burton est alité, Speke part en reconnaissance vers le nord et, le 30 juillet 1858, découvre un immense plan d'eau qu'il nomme lac Victoria en l'honneur de la reine, convaincu sur-le-champ qu'il s'agit de la source tant recherchée. De retour en Angleterre, il annonce sa découverte avant Burton, créant une fracture irrémédiable. Pour la vérifier, Speke retourne en Afrique en 1860-63 avec James Augustus Grant. Il atteint le lac Victoria, en explore une partie des rives, et observe à Jinja, en juillet 1862, un grand fleuve s'échappant du lac par des chutes (qu'il nomme Ripon Falls) : pour lui, c'est la preuve définitive que le Nil y prend sa source.

Histoire

L'histoire de Speke est indissociable de sa rivalité avec Burton. Ce dernier, plus érudit et sceptique, doutait que le lac Victoria, dont Speke n'avait pas fait le tour, soit une seule étendue d'eau et préférait la piste du lac Tanganyika. Le conflit atteint son paroxysme en septembre 1864. La Royal Geographical Society organise un débat public à Bath pour trancher la question. La veille du débat, le 15 septembre, Speke meurt d'une blessure par arme à feu lors d'une partie de chasse. Le verdict de l'enquête fut un accident (sa carabine se serait déclenchée alors qu'il l'escaladait), mais le suicide, face à la perspective d'un affrontement avec l'éloquent Burton, fut évoqué. Sa mort mit fin à la controverse de son vivant, et ses conclusions furent largement validées par les explorations ultérieures d'Henry Morton Stanley.

Caracteristiques

Speke était un homme d'action plus qu'un intellectuel. Contrairement à Burton, linguiste et anthropologue, Speke était avant tout un chasseur, un observateur naturaliste et un cartographe déterminé. Son style d'exploration était direct et obstiné. Il faisait preuve d'une endurance physique remarquable et d'un certain courage face aux dangers et aux maladies. Cependant, il était aussi décrit comme têtu, peu enclin au doute scientifique, et parfois naïf dans ses relations politiques avec les royaumes africains. Son journal, "Journal of the Discovery of the Source of the Nile" (1863), est un récit détaillé mais empreint de ses préjugés victoriens.

Importance

L'importance de Speke est double. Sur le plan géographique, il a correctement identifié le lac Victoria comme le réservoir principal du Nil Blanc, résolvant un mystère vieux de millénaires. Ses récits et ses cartes ont ouvert l'intérieur de l'Afrique de l'Est à la connaissance européenne. Sur le plan historique, ses expéditions, suivies de celles de Stanley, ont directement pavé la voie au « scramble for Africa » et à la future colonisation britannique de l'Ouganda et du Kenya. Sa rivalité avec Burton est devenue légendaire, symbolisant les deux facettes de l'exploration victorienne : l'érudition cosmopolite face à la détermination patriotique et empirique.

Anecdotes

La découverte solitaire

Lors de l'expédition avec Burton en 1858, ce dernier était trop malade pour bouger de leur camp au lac Tanganyika. Speke, impatient, partit seul avec quelques porteurs vers le nord. C'est ainsi, sans son commandant, qu'il fut le premier Européen à apercevoir le vaste lac Victoria. Son intuition immédiate quant à son importance fut un coup de génie géographique, mais son empressement à l'annoncer sans preuves complètes sema les graines du conflit.

Le "gadget" de Speke

Pour mesurer la latitude lors de son voyage de retour depuis le lac Victoria en 1863, Speke avait perdu ses instruments. Avec ingéniosité, il en fabriqua un nouveau en utilisant une boîte à thé, un morceau de papier, un fil à plomb et un fragment de miroir. Ce sextant de fortune lui permit tout de même d'établir des mesures approximatives mais cruciales pour sa cartographie.

L'hommage du roi Mutesa I

Lors de son séjour à la cour du roi Mutesa I du Buganda en 1862, Speke fut impressionné par la puissance et l'organisation du royaume. En retour, Mutesa traita Speke avec un grand respect. Cette relation cordiale, décrite par Speke, influença fortement l'opinion britannique et fut un argument en faveur de l'établissement d'une influence dans la région, considérée comme « civilisée » et stratégique.

Une mort entourée de mystère

La mort de Speke, la veille de son débat contre Burton, est toujours sujette à interrogation. L'enquête conclut à un accident : son fusil, posé contre un mur, serait parti lorsqu'il l'a saisi pour le franchir. Certains, dont des proches de Burton, ont évoqué un suicide par peur de l'humiliation. D'autres suggèrent un meurtre. Aucune preuve ne vient étayer ces théories, faisant de sa fin un mystère durable de l'histoire de l'exploration.

Sources

  • Speke, John Hanning. "Journal of the Discovery of the Source of the Nile." Edinburgh: William Blackwood and Sons, 1863.
  • Moorehead, Alan. "The White Nile." London: Hamish Hamilton, 1960. (Étude classique sur les explorateurs du Nil).
  • Jeal, Tim. "Explorers of the Nile: The Triumph and Tragedy of a Great Victorian Adventure." London: Faber & Faber, 2011. (Biographie moderne et détaillée).
  • Royal Geographical Society (with IBG) archives. (Contient les rapports et correspondances originaux de Speke).
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