Introduction
Le Saint-Empire romain germanique (Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation) fut une construction politique unique et durable qui a façonné l'histoire de l'Europe centrale pendant près d'un millénaire. Plus qu'un État-nation moderne, il s'agissait d'une confédération lâche de territoires sous la direction théorique d'un empereur élu. Il incarnait l'idée médiévale de la « monarchie universelle » chrétienne, unissant le pouvoir temporel et spirituel sous l'égide de l'Église.
Description
Le Saint-Empire était une mosaïque de plusieurs centaines d'entités politiques de tailles et de statuts variés : royaumes (comme la Bohême), principautés laïques et ecclésiastiques, duchés, comtés, villes libres d'Empire (comme Nuremberg ou Francfort), et territoires de chevaliers immédiats. L'empereur, titré « Empereur des Romains », était élu par un collège de princes-électeurs (Kurfürsten), dont le nombre et l'identité furent fixés par la Bulle d'Or de 1356. Son pouvoir réel était souvent contraint par les Diètes d'Empire (Reichstag) et les privilèges des États territoriaux. L'Empire n'avait pas de capitale fixe, bien que la Diète se réunisse souvent à Ratisbonne à partir du XVIIe siècle, et le couronnement impérial avait lieu à Aix-la-Chapelle puis à Francfort.
Histoire
L'histoire de l'Empire se divise en plusieurs phases. Sa genèse remonte au couronnement de Charlemagne comme empereur à Rome en 800. Après une période d'éclipse, l'Empire est refondé en 962 par Otton Ier de Saxe, qui établit le lien durable avec le royaume de Germanie. La période salienne (1024-1125) et surtout la dynastie des Hohenstaufen (1138-1254) virent des conflits majeurs avec la papauté (la Querelle des Investitures) et une expansion de l'influence impériale en Italie. Le Grand Interrègne (1250-1273) affaiblit le pouvoir central. Les Habsbourg, qui dominèrent la fonction impériale de 1438 à 1806 (avec une brève interruption), durent composer avec la montée en puissance des princes. Les réformes impériales de la fin du XVe siècle tentèrent d'organiser l'Empire (création des Cercles impériaux, du Tribunal de la Chambre impériale). Les guerres de Religion, culminant avec la guerre de Trente Ans (1618-1648), dévastèrent l'Empire et consacrèrent sa fragmentation dans les traités de Westphalie. Au XVIIIe siècle, la montée de la Prusse et les guerres avec la France révolutionnaire puis napoléonienne menèrent à sa dissolution le 6 août 1806, lorsque François II renonça à la couronne impériale sous la pression de Napoléon.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales de l'Empire étaient sa nature élective (contrairement aux monarchies héréditaires), son fédéralisme extrême et son cadre juridique sophistiqué. Le droit romain fut progressivement réintroduit. L'Empire fonctionnait comme une communauté de droit (Rechtsgemeinschaft), où les conflits étaient théoriquement résolus par des institutions communes comme le Reichskammergericht. La coexistence du pouvoir impérial et des libertés des États (Landeshohheit) créait un équilibre des forces. La religion fut un ciment puis une source de division, avec l'établissement de la paix d'Augsbourg (1555) qui instaura le principe « Cujus regio, ejus religio » (tel prince, telle religion).
Importance
L'importance du Saint-Empire est immense. Il a préservé une structure politique commune et une paix relative (la Paix perpétuelle d'Empire de 1495) au cœur de l'Europe, retardant la formation d'un État-nation allemand unifié jusqu'au XIXe siècle. Il fut un laboratoire du fédéralisme et du constitutionalisme. Son héritage culturel et architectural est considérable (art roman et gothique, musique baroque). Sa dissolution en 1806 ouvrit la voie à la Confédération du Rhin, puis à la Confédération germanique, préludes à l'unification allemande de 1871. L'idée d'un empire central européen structurant la région a marqué l'histoire allemande de façon durable.
