Introduction
L'Empire sassanide (224-651 ap. J.-C.), également appelé Empire néo-persan, représente l'apogée de la civilisation perse pré-islamique. Il fut fondé par Ardachîr Ier, un souverain de la province de Perside (Fars), qui renversa le dernier roi parthe, Artaban IV, revendiquant la restauration de la gloire de l'ancien Empire achéménide. Les Sassanides établirent un État centralisé, théocratique et hautement organisé, dont l'influence s'étendait de la Mésopotamie à l'Indus et de la péninsule Arabique au Caucase. Leur histoire est marquée par des conflits quasi permanents avec Rome et Byzance, des réformes administratives profondes, et un renouveau culturel et religieux centré sur le zoroastrisme orthodoxe.
Description
L'Empire sassanide était une monarchie absolue et de droit divin. Le souverain, le Shahanshah (« Roi des Rois »), était considéré comme le représentant du dieu Ahura Mazda sur terre, et son autorité était renforcée par le clergé zoroastrien (les mobads) et une puissante aristocratie foncière (les dihgans). La capitale, Ctésiphon, avec son immense palais et sa célèbre voûte (l'Iwan de Khosro), était un centre de pouvoir et de luxe. L'économie reposait sur une agriculture irriguée sophistiquée, un commerce florissant le long des routes de la soie, et un artisanat renommé (tissus de soie, métaux précieux, verrerie). La société était structurée en une hiérarchie rigide de quatre classes : les prêtres, les guerriers, les scribes/administrateurs, et les paysans/artisans.
Histoire
L'histoire sassanide se divise en trois grandes périodes. La période de formation (224-379) voit la consolidation par Ardachîr Ier et son fils Shapur Ier, qui infligea de cuisantes défaites aux Romains, capturant même l'empereur Valérien en 260. La période intermédiaire (379-531) est marquée par des conflits frontaliers avec Byzance et des tensions internes, notamment la répression des mouvements religieux comme le manichéisme (fondé par Mani) et le mazdakisme (un mouvement social égalitaire). L'apogée de l'empire (531-622) est atteint sous Khosro Ier Anushirvan (« à l'âme immortelle »), un grand réformateur qui réorganisa l'armée, la fiscalité et l'administration, et sous Khosro II Parviz, qui conquit brièvement le Levant et l'Égypte byzantins. Le déclin fut rapide après une contre-offensive byzantine dévastatrice de l'empereur Héraclius (622-628) et une guerre civile. Affaibli, l'empire ne put résister à l'invasion arabe musulmane. La défaite décisive de la bataille d'al-Qadisiyya (636) ouvrit la Mésopotamie, et la dernière résistance s'effondra avec la mort du dernier Shahanshah, Yazdgard III, en 651.
Caracteristiques
Parmi les caractéristiques majeures de l'empire figurent : 1) La religion d'État, le zoroastrisme, codifié et institutionnalisé, avec la figure centrale du Mobadân Mobad (chef des prêtres). Le feu sacré était un symbole national. 2) Une administration centralisée et provinciale efficace, divisée en quartiers (kust) gouvernés par des marzbans (gouverneurs-frontières). 3) Une armée redoutable composée de cavalerie lourde blindée (les célèbres cataphractaires ou clibanaires), d'archers à cheval, et d'éléphants de guerre. 4) Un art impérial somptueux, synthétisant les influences perses, hellénistiques et orientales, visible dans l'architecture (palais, temples du feu), les bas-reliefs rupestres, l'argenterie et les textiles. 5) Une tolérance relative envers les minorités religieuses (juifs, chrétiens nestoriens), bien que souvent instrumentalisées dans les jeux de pouvoir.
Importance
L'importance des Sassanides est immense. Ils furent les gardiens et les transmetteurs de la tradition perse pré-islamique, dont de nombreux éléments (administration, art, littérature) furent absorbés par le califat abbasside, contribuant à l'âge d'or islamique. Leur long conflit avec Byzance épuisa les deux empires, facilitant indirectement les conquêtes arabes. Leur modèle de monarchie sacrée influença les cours médiévales. Enfin, leur chute marqua la fin de l'Antiquité au Moyen-Orient et le début de la domination islamo-arabe, tout en préparant, via la persistance de la culture et de la langue persanes, la renaissance iranienne des siècles suivants.
