Empire chinois (Tang)

La dynastie Tang (618-907) est considérée comme l'un des apogées de la civilisation chinoise, marquant un âge d'or de la culture, de la puissance politique et de l'expansion territoriale. Sa capitale, Chang'an, était la plus grande et la plus cosmopolite ville du monde. L'ère Tang vit des avancées majeures dans les arts, la littérature, la technologie et la gouvernance, avec une influence durable sur toute l'Asie de l'Est.

Introduction

Fondée par l'empereur Gaozu (Li Yuan) après l'effondrement de la brève dynastie Sui, la dynastie Tang régna sur la Chine pendant près de trois siècles. Elle est souvent citée, avec la dynastie Han, comme un pic de prospérité et d'innovation dans l'histoire chinoise. L'empire Tang établit un modèle de gouvernement centralisé efficace, promut le commerce le long de la Route de la Soie et fut remarquablement ouvert aux influences étrangères, tout en diffusant la culture chinoise au Japon, en Corée et au Vietnam.

Description

L'empire Tang était structuré autour d'une bureaucratie civile méritocratique, renforcée par le système des examens impériaux qui recrutait les fonctionnaires sur la base du talent plutôt que de la seule naissance. Sa capitale, Chang'an (actuelle Xi'an), était une métropole planifiée en damier de plus d'un million d'habitants, centre du pouvoir politique et carrefour culturel et commercial mondial. L'économie était florissante, soutenue par des réformes agraires (système de répartition égalitaire des terres), une monnaie stable et un réseau de canaux et de routes. L'art Tang, notamment la peinture de paysage, la céramique (comme les célèbres figurines funéraires Sancai) et la sculpture bouddhiste, atteignit une sophistication et une élégance inégalées. La poésie, avec des figures comme Li Bai, Du Fu et Wang Wei, est considérée comme le plus grand héritage littéraire de la période.

Histoire

L'histoire Tang se divise en deux grandes phases. La première (VIIe-début VIIIe siècle) est une période d'expansion et de consolidation sous des souverains énergiques comme l'empereur Taizong (626-649), véritable architecte de l'État, et l'impératrice Wu Zetian (690-705), seule femme à avoir régné en son propre nom en Chine. L'apogée territorial est atteint sous l'empereur Xuanzong (712-756), dont le long règne débuta brillamment (ère Kaiyuan) avant de sombrer dans le déclin. La révolte d'An Lushan (755-763), un général d'origine étrangère, fut un tournant catastrophique qui dévasta le pays, affaiblit irrémédiablement le pouvoir central et força les Tang à s'appuyer sur des gouverneurs militaires régionaux (jiedushi). La seconde phase (fin VIIIe-IXe siècle) vit l'empire lutter contre les séparatismes, les crises financières et les révoltes paysannes, comme celle de Huang Chao (874-884). La dynastie s'éteignit en 907, plongeant la Chine dans une nouvelle période de division, l'ère des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes.

Caracteristiques

Parmi les caractéristiques majeures de l'empire Tang figurent : 1) **Cosmopolitisme et ouverture** : Accueil de marchands, d'artisans et de religieux persans, arabes, sogdiens et coréens à Chang'an ; tolérance envers les religions étrangères comme le nestorianisme, le manichéisme, l'islam et surtout le bouddhisme, qui connut son apogée institutionnel. 2) **Système administratif et juridique** : Code de lois Tang, modèle pour l'Asie de l'Est ; système des « Trois Départements et Six Ministères » pour un gouvernement équilibré. 3) **Innovations technologiques et culturelles** : Développement de l'imprimerie à caractères mobiles en bois, perfectionnement de la porcelaine, progrès en médecine, cartographie et horlogerie. 4) **Puissance militaire et expansion** : Armée professionnelle et système de milices (fubing) ; protectorats établis en Asie centrale, influence étendue jusqu'en Corée (alliance avec le royaume de Silla) et en Asie du Sud-Est.

Importance

L'importance de la dynastie Tang est immense. Elle consolida l'identité chinoise après des siècles de division et fixa pour longtemps le modèle de l'État impérial bureaucratique. Son rayonnement culturel définit la « sphère culturelle sinisée » (Corée, Japon, Vietnam), qui adopta l'écriture chinoise, le système administratif, le bouddhisme mahayana et l'art Tang. La Route de la Soie, sous sa protection, connut une activité sans précédent, facilitant les échanges de biens, d'idées et de technologies entre l'Est et l'Ouest. Enfin, l'image de la Chine comme empire prospère, raffiné et puissant, véhiculée par les récits des voyageurs, persista longtemps en Occident, où le terme « Cathay » dérive de « Khitan », un peuple ayant succédé aux Tang dans le nord de la Chine.

Anecdotes

L'impératrice unique

Wu Zetian, d'abord concubine puis impératrice consort, devint la seule femme de l'histoire de Chine à monter sur le trône en tant qu'empereur régnant, fondant sa propre brève dynastie Zhou (690-705). Elle utilisa le bouddhisme pour légitimer son règne, se faisant présenter comme une incarnation du Bouddha Maitreya. Son règne fut marqué par des compétences politiques remarquables, une promotion du mérite et une cruauté notoire envers ses opposants.

La poésie, passeport pour la gloire

La maîtrise de la poésie était essentielle pour réussir aux examens impériaux et faire carrière dans la bureaucratie. Les poèmes étaient échangés dans les salons littéraires et servaient de moyen de communication sociale et politique. La légende veut que le poète Li Bai, l'un des plus célèbres, soit mort noyé en tentant d'embrasser le reflet de la lune dans une rivière, alors qu'il était ivre – une fin romantique conforme à son personnage d'immortel taoïste et d'ivrogne génial.

Chang'an, mégapole mondiale

La capitale Chang'an était un modèle d'urbanisme, avec ses murailles monumentales, ses larges avenues, ses marchés internationaux (dont le marché de l'Ouest, fréquenté par les marchands étrangers) et ses quartiers spécialisés. Elle abritait des temples de toutes les confessions, et son plan en damier influença directement la conception des capitales japonaises (Nara et Heian-kyō, aujourd'hui Kyoto), qui furent construites sur le même modèle, à plus petite échelle.

Le cheval volant de Gansu

L'ouverture de la Route de la Soie sous les Tang fit affluer en Chine des chevaux robustes d'Asie centrale, très prisés pour l'armée. L'une des œuvres d'art les plus iconiques de la période est une figurine funéraire en terre cuite glaçurée « sancai » (trois couleurs) représentant un cheval cabré, une patte posée sur une hirondelle en vol. Découverte dans un tombeau, elle symbolise à la fois la puissance impériale, le raffinement artistique et les échanges avec l'étranger.

Sources

  • Lewis, Mark Edward. *China's Cosmopolitan Empire: The Tang Dynasty*. Harvard University Press, 2009.
  • Twitchett, Denis (ed.). *The Cambridge History of China, Vol. 3: Sui and T'ang China, 589–906 AD, Part I*. Cambridge University Press, 1979.
  • Benn, Charles. *Daily Life in Traditional China: The Tang Dynasty*. Greenwood Press, 2002.
  • Schafer, Edward H. *The Golden Peaches of Samarkand: A Study of T'ang Exotics*. University of California Press, 1963.
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