Introduction
Fondé en 750 par Abû al-`Abbâs as-Saffâh, l'Empire abbasside représente l'apogée politique et culturelle de la civilisation islamique classique. S'appuyant sur une base plus universaliste et moins arabo-centrée que les Omeyyades, il intégra pleinement les peuples non-arbes (notamment Persans) et fit de Bagdad, fondée en 762, un centre intellectuel et économique mondial. Son histoire, longue de plus de cinq siècles, se divise en une période de puissance centralisée (VIIIe-IXe siècles) suivie d'une longue érosion du pouvoir califal au profit d'émirs et de sultans régionaux.
Description
L'Empire abbasside gouvernait un territoire immense s'étendant du Maghreb à l'Asie centrale. Son administration sophistiquée, héritée en partie de l'Empire sassanide, était dirigée par le vizir et structurée en diwans (ministères). L'économie reposait sur une agriculture prospère, un commerce florissant (route de la soie, commerce maritime dans l'océan Indien) et une monnaie stable (le dinar d'or). La société était cosmopolite et multiethnique, où Arabes, Persans, Turcs et autres groupes coexistaient, avec une distinction croissante entre une élite cultivée et les masses. La langue arabe demeura la langue de la religion, de l'administration et de la science, tandis que le persan connaissait une renaissance littéraire.
Histoire
La révolution abbasside (747-750), soutenue par les mawali (convertis non-arabes) et les chiites, renverse le califat omeyyade de Damas. Le calife Al-Mansur fonde Bagdad (Madinat as-Salam, 'la Ville de la Paix') en 762, conçue comme une ville ronde symbole de pouvoir universel. L'apogée est atteint sous Hâroun ar-Rachîd (786-809) et son fils Al-Ma'mûn (813-833), ce dernier créant la Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma), un centre de traduction et de recherche sans équivalent. À partir du milieu du IXe siècle, le pouvoir des califes s'affaiblit avec la montée en puissance de la garde turque, la perte de contrôle sur les provinces (Égypte des Toulounides, puis des Fatimides ; Espagne omeyyade ; Iran des Bouyides) et la montée de dynasties militaires autonomes comme les Samanides. En 945, les Bouyides chiites s'emparent de Bagdad, réduisant le calife à un rôle symbolique. Le sultan seldjoukide Toghrul-Beg le 'libère' en 1055, mais place le califat sous tutelle turque sunnite. L'empire, déjà morcelé, prend fin de façon tragique lorsque le Mongol Houlagou Khan saccage Bagdad en 1258, exécute le dernier calife Al-Musta'sim et détruit une grande partie de la ville et de ses trésors.
Caracteristiques
1. **Âge d'or culturel et scientifique** : Patronage massif des sciences (mathématiques d'Al-Khwarizmi, médecine d'Al-Razi et d'Ibn Sina/Avicenne, optique d'Ibn al-Haytham), de la philosophie (traduction et commentaire des œuvres grecques), de l'histoire (Al-Tabari) et de la littérature (« Les Mille et Une Nuits »). 2. **Bagdad, métropole mondiale** : Capitale démesurée, carrefour commercial et intellectuel, peuplée de près d'un million d'habitants à son apogée. 3. **Système politique** : Califat à légitimité religieuse, mais avec une administration séculière (vizirat) et une intégration des élites persanes. 4. **Fragmentation politique précoce** : Modèle d'un pouvoir central affaibli coexistants avec des entités régionales autonomes reconnaissant l'autorité spirituelle du calife. 5. **Synthèse culturelle** : Fusion des héritages arabo-islamique, persan, hellénistique, indien et mésopotamien.
Importance
L'héritage abbasside est immense. Il a préservé, enrichi et transmis à l'Europe médiévale le savoir grec, persan et indien, jouant un rôle crucial dans la Renaissance du XIIe siècle. Il a fixé les normes de la haute culture islamique en théologie, droit (écoles hanafite et hanbalite), philosophie et sciences. Son modèle administratif et sa cour raffinée ont influencé les empires musulmans postérieurs (Mamelouks, Ottomans, Moghols). La chute de Bagdad en 1258 marque une rupture traumatique dans le monde islamique, souvent perçue comme la fin d'une ère. Cependant, un califat abbasside fantoche fut rétabli au Caire sous la tutelle mamelouke (1261-1517), perpétuant le titre jusqu'à l'avènement de l'Empire ottoman.
