Mai 68

mai-juin 1968Paris, France Trente Glorieuses / Guerre Froide

Mai 68 est une période de révolte étudiante et de grève générale massive qui paralysa la France. Parti de revendications universitaires, le mouvement s'est étendu à une remise en cause globale de la société gaulliste, de ses valeurs et de ses structures autoritaires. Bien que le pouvoir politique ait été maintenu, l'événement a profondément transformé les mœurs et la culture française.

Titre

L'escalade de la contestation

Description

Le mouvement débute le 22 mars à l'université de Nanterre avec l'occupation d'un bâtiment par des étudiants emmenés par Daniel Cohn-Bendit, protestant contre les arrestations liées au Vietnam. Le 2 mai, la faculté de Nanterre est fermée. Le 3 mai, une manifestation de soutien à Nanterre à la Sorbonne est violemment dispersée par la police, avec des centaines d'arrestations. C'est l'étincelle. Les jours suivants, les affrontements entre étudiants et forces de l'ordre se multiplient dans le Quartier Latin, avec des barricades (la 'nuit des barricades' du 10 au 11 mai fait des centaines de blessés). Le mouvement étudiant, structuré autour de l'UNEF et du SNESup, réclame la libération des arrêtés, l'évacuation policière de la Sorbonne et des réformes. Le 13 mai, une immense grève générale et manifestation unitaire (syndicats, partis de gauche, étudiants) paralyse le pays. La grève, spontanément, s'étend aux usines (Renault, Sud-Aviation) et devient la plus grande grève générale de l'histoire de France (plus de 9 millions de grévistes), avec occupations d'usines et revendications salariales et sociales. Pendant plusieurs semaines, le pays est à l'arrêt, dans une atmosphère de fête et de débat permanent (assemblées générales, occupations). Le pouvoir, d'abord dépassé, se ressaisit. De Gaulle disparaît le 29 mai (il était à Baden-Baden pour s'assurer du soutien de l'armée) et revient le 30 pour prononcer un discours radiodiffusé annonçant la dissolution de l'Assemblée Nationale. Une grande manifestation gaulliste descend les Champs-Élysées. Les élections législatives de juin, anticipées, donnent une large majorité à la droite (les 'silencieux' effrayés par le désordre). La reprise du travail, négociée par les accords de Grenelle (hausse substantielle du SMIC et des salaires), s'échelonne jusqu'en juin.

Anecdotes

Les slogans sur les murs

Les murs de Paris se couvrent d'inscriptions poétiques, humoristiques et subversives, devenues célèbres : 'Sous les pavés, la plage', 'Il est interdit d'interdire', 'La poésie est dans la rue', 'Je suis marxiste, tendance Groucho', 'Ne travaillez jamais !'. Ces graffitis, souvent inspirés par les situationnistes, résument l'esprit de créativité et de rupture.

L'ORTF en grève

Les journalistes et techniciens de l'Office de Radiodiffusion-Télévision Française (ORTF, service public sous contrôle de l'État) se mettent en grève pour réclamer leur indépendance. La couverture télévisée de la crise est biaisée et partielle, ce qui pousse les Français à se tourner vers les radios périphériques (RTL, Europe 1) pour s'informer.

Le match de football annulé

La finale de la Coupe de France de football, prévue le 26 mai 1968 entre l'AS Saint-Étienne et le FC Girondins de Bordeaux, est reportée au 9 juin en raison des grèves dans les transports et des événements. Elle se jouera finalement dans un Stade Olympique Yves-du-Manoir à Colombes à moitié vide.

L'Odéon occupé

Le 15 mai, le Théâtre de France (Odéon), dirigé par Jean-Louis Barrault, est occupé par les étudiants qui en font un forum permanent de discussion ouvert à tous. Barrault, d'abord compréhensif, sera limogé par André Malraux, ministre de la Culture, pour avoir 'livré' son théâtre.

Sources

  • Bourges, Hervé (dir.), 'La France de Mai 68', Seuil, 2008.
  • Cohn-Bendit, Daniel, 'Le Gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme', Seuil, 1968.
  • Ross, Kristin, 'Mai 68 et ses vies ultérieures', Complexe, 2005.
  • Institut National de l'Audiovisuel (INA) - Archives télévisées de Mai 68.
EdTech AI Assistant