Ouverture du Canal de Suez

17 novembre 1869Port-Saïd, Égypte (sous contrôle ottoman) Second Empire / Expansion coloniale européenne

Le 17 novembre 1869, le Canal de Suez est inauguré en grande pompe après dix ans de travaux titanesques. Cette voie d'eau artificielle de 164 km, percée à travers l'isthme de Suez, raccourcit radicalement la route maritime entre l'Europe et l'Asie. Cet événement marque un tournant majeur dans l'histoire des transports, du commerce mondial et de la géopolitique.

Titre

Des travaux pharaoniques à une inauguration fastueuse

Description

Les travaux débutent en avril 1859. Ils mobilisent jusqu'à 1,5 million d'ouvriers égyptiens (corvéables dans un premier temps, puis salariés), dans des conditions extrêmement difficiles (chaleur, épidémies de choléra). L'ingéniosité technique est mise à contribution : dragues à vapeur, excavatrices, construction d'un canal d'eau douce parallèle pour approvisionner les chantiers. Le projet est financé par des actions souscrites principalement par la France et l'Égypte. L'inauguration, le 17 novembre 1869, est un événement mondial. L'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, est l'invitée d'honneur à bord du yacht impérial L'Aigle. Un cortège de près de 50 navires de diverses nationalités, emmené par le navire français, traverse le canal pour la première fois. Les festivités, d'une démesure inouïe orchestrée par le khédive Ismaïl Pacha, durent huit jours avec réceptions, ballets, feux d'artifice et même la création de l'opéra Aïda de Verdi (qui ne sera finalement joué qu'en 1871). Cet événement consacre Lesseps en héros national en France et marque l'apogée de l'Égypte moderne, au bord de la faillite.

Anecdotes

L'opéra qui arriva trop tard

Pour célébrer l'inauguration, Ismaïl Pacha commanda un opéra à Giuseppe Verdi sur un thème égyptien. Verdi, d'abord réticent, finit par accepter mais le travail prit du retard. L'opéra Aïda ne fut donc pas joué pour l'ouverture du canal, mais créé avec succès au Caire le 24 décembre 1871, dans le tout nouvel Opéra khédival.

Le faux rocher de Lesseps

Lors de la cérémonie de la « jonction des deux mers » en 1869, une stèle commémorative fut placée sur un prétendu « dernier rocher » à abattre. En réalité, les travaux n'étaient pas tout à fait terminés à cet endroit ; le rocher avait été spécialement apporté et dressé pour la mise en scène symbolique de l'événement.

La statue de la Liberté refusée

Le sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi, qui visita les chantiers du canal, proposa initialement à Lesseps un projet de statue colossale, « L'Égypte éclairant l'Orient », pour orner l'entrée du canal à Port-Saïd. Le projet, trop coûteux, fut refusé. Bartholdi le repensa plus tard pour en faire la statue de la Liberté offerte par la France aux États-Unis.

Un dîner dans le canal

Lors de l'inauguration, un banquet fastueux fut organisé à Ismaïlia, à mi-parcours du canal. La légende veut que le chef cuisinier ait oublié le service de bouche (les couverts). Pour ne pas perdre la face, le khédive Ismaïl aurait ordonné à ses invités de jeter leurs couverts en or et en argent dans le lac après le repas, geste d'une prodigalité insensée.

Sources

  • Lesseps, Ferdinand de, "Souvenirs de quarante ans", 1887.
  • Histoire universelle des canaux fluviaux et des canaux maritimes, 1862.
  • Karakoç, Éric, "L'Égypte des ruptures : de l'expédition de Bonaparte à la révolution de 2011", Armand Colin, 2013.
  • Archives de la Compagnie du canal de Suez (déposées au Musée du Caire et aux Archives nationales françaises).
  • Articles de presse de l'époque (Le Figaro, The Times, L'Illustration).
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