Introduction
Les Wisigoths, ou « Goths de l'Ouest », sont un peuple germanique oriental qui émergea comme une entité distincte au sein du peuple gothique après la traversée du Danube en 376. D'abord fédérés puis ennemis de Rome, ils saccagèrent la ville éternelle en 410, un choc pour le monde antique. Après un long périple à travers l'Empire, ils fondèrent finalement le royaume de Toulouse dans le sud-ouest de la Gaule, puis, après la défaite de Vouillé face aux Francs en 507, transférèrent leur capitale à Tolède, en Hispanie. Leur royaume devint le premier État véritablement indépendant sur le sol ibérique après la fin de l'autorité romaine, jetant les bases de la future Espagne médiévale.
Origines
Les Wisigoths sont originaires de la région de la mer Noire, faisant partie du vaste ensemble gothique. Sous la pression des Huns, ils franchirent le Danube en 376 et obtinrent le statut de fédérés (foederati) de l'Empire romain. Les tensions avec les autorités romaines aboutirent à la bataille d'Andrinople en 378, où ils infligèrent une défaite cuisante à l'empereur Valens. Leur chef Alaric Ier les mena ensuite en Italie, aboutissant au sac de Rome en 410. Sous le règne de Théodoric Ier, ils s'installèrent durablement en Aquitaine comme fédérés, avant de se voir concéder officiellement ces territoires par traité en 418, fondant ainsi le royaume wisigoth de Toulouse.
Organisation
La société wisigothique était initialement structurée autour d'une aristocratie guerrière et d'un roi élu (ou acclamé) par les nobles et les guerriers, une tradition germanique qui perdura. La fusion avec la population hispano-romaine, majoritaire, fut progressive. Leur système légal, codifié dans le « Bréviaire d'Alaric » (pour les sujets romains) puis surtout dans le « Liber Iudiciorum » ou « Forum Iudicum » (promulgué par le roi Recceswinth en 654), fut une œuvre majeure. Ce code, écrit en latin, unifiait le droit pour tous les habitants du royaume, rompant avec le principe de la personnalité des lois. L'État était organisé autour du roi, assisté par un conseil de nobles et des conciles religieux (conciles de Tolède) qui jouèrent un rôle politique croissant.
Religion
Initialement adeptes de l'arianisme, une forme de christianisme considérée comme hérétique par l'Église de Rome, les Wisigoths maintinrent cette différence religieuse comme un marqueur identitaire face à la population catholique gallo-romaine et hispano-romaine. Cette divergence fut une source constante de tensions. La conversion du roi Reccared Ier au catholicisme lors du IIIe concile de Tolède en 589 fut un événement capital. Elle permit une fusion plus profonde entre les élites wisigothes et hispano-romaines, renforça l'autorité royale grâce au soutien de l'Église, et fit de Tolède un centre religieux et politique majeur. L'Église, via ses conciles, devint un pilier du régime.
Apogee
L'apogée du royaume wisigothique en Hispanie se situe aux VIe et VIIe siècles, après la consolidation du pouvoir à Tolède. Sous des souverains comme Léovigild (568-586), qui entreprit l'unification militaire et territoriale de la péninsule en luttant contre les Byzantins et les Suèves, et son fils Reccared Ier (586-601), qui réalisa l'unification religieuse, le royaume atteignit son zénith. Le VIIe siècle vit la codification définitive du droit (Liber Iudiciorum) et l'affirmation de Tolède comme capitale d'un État centralisé, bien que miné par des crises de succession et des rivalités entre l'aristocratie laïque et ecclésiastique.
Declin
Le déclin fut rapide et brutal au début du VIIIe siècle. Le royaume était affaibli par des guerres civiles récurrentes pour la succession au trône, qui opposaient différentes factions de l'aristocratie. À la mort du roi Wittiza en 710, une crise successorale éclata entre ses partisans et ceux de Rodéric, qui fut élu roi. Les fils de Wittiza, selon les chroniques, auraient sollicité l'aide des forces musulmanes récemment établies au Maghreb. En 711, le général berbère Tariq ibn Ziyad débarqua à Gibraltar. L'armée du roi Rodéric fut vaincue à la bataille du Guadalete (ou de Sidi Moussa). La résistance s'effondra rapidement, Tolède tomba en 711, et la conquête musulmane de la quasi-totalité de la péninsule fut achevée en quelques années, mettant fin au royaume wisigoth.
Heritage
L'héritage wisigoth en Espagne et au Portugal est profond et durable. Leur code juridique, le Liber Iudiciorum, resta en vigueur sous le nom de « Fuero Juzgo » dans les royaumes chrétiens du nord pendant le Moyen Âge, formant une base du droit médiéval hispanique. Ils contribuèrent à la formation d'une aristocratie terrienne et d'une identité hispanique distincte, mêlant éléments romains et germaniques. L'art wisigoth, notamment l'architecture (églises comme San Juan de Baños, Santa Comba de Bande) et l'orfèvrerie (trésors de Guarrazar), constitue un jalon important de l'art médiéval européen. Enfin, le mythe du « royaume perdu » des Wisigoths et la revendication de leur héritage furent des éléments mobilisateurs pour la Reconquista.
