Introduction
Le Champa était une fédération de principautés maritimes qui prospéra sur les côtes centrales et méridionales de l'actuel Vietnam pendant près de dix-sept siècles. Contrairement à ses voisins agricoles, le Champa était une civilisation tournée vers la mer, dont l'économie reposait sur le commerce maritime, le contrôle des routes maritimes de la soie et la piraterie. Sa culture, profondément marquée par l'influence de l'Inde, a développé une identité unique, visible dans son art, son architecture et son organisation politique.
Origines
Les origines du Champa remontent à la culture archéologique de Sa Huỳnh (dernier millénaire av. J.-C.), connue pour ses jarres funéraires et ses échanges maritimes. Le royaume émerge historiquement au IIe siècle apr. J.-C., après la chute de la commanderie chinoise du Rinan. Les populations austronésiennes (Cham) se fédèrent sous l'influence culturelle et religieuse de l'Inde, adoptant l'hindouisme et le sanskrit comme langue sacrée. Le premier centre politique fut la région d'Amaravati (actuel Quảng Nam).
Organisation
Le Champa n'était pas un État centralisé mais une confédération de principautés (ou *nagara*) nommées d'après des régions indiennes : Amaravati, Vijaya, Kauthara, Panduranga, etc. Chacune était dirigée par un roi (*poṭraï*) ou un seigneur local, avec une grande autonomie. La société était stratifiée, comprenant une aristocratie, des prêtres, des commerçants, des artisans et des paysans. L'économie était basée sur le commerce d'épices (cardamome, santal), d'ivoire, de camphre, d'aloès et de produits de la mer, avec des partenaires allant de la Chine à l'empire abbasside.
Religion
La religion d'État était principalement l'hindouisme shivaïte, avec le linga comme symbole central de la royauté. Le dieu Shiva, sous la forme de Bhadreshvara, était le protecteur du royaume. Le bouddhisme mahayana était également présent, surtout aux premiers siècles. Plus tard, l'islam s'implanta progressivement à partir du Xe siècle via les marchands, devenant majoritaire à partir du XVe siècle, notamment dans la principauté de Panduranga. Le culte des ancêtres et des esprits du territoire (*yang*) perdura, formant un syncrétisme caractéristique.
Apogee
L'apogée du Champa se situe entre les VIIe et Xe siècles, sous des rois comme Prakashadharma (r. 653-687). Il étendit son influence sur une grande partie de l'Indochine, rivalisant avec l'empire khmer d'Angkor et le Dai Viet. Cette période vit la construction des premiers grands ensembles architecturaux en brique, comme les tours-sanctuaires (*kalan*) de Mỹ Sơn (classé au patrimoine mondial de l'UNESCO), Po Nagar à Nha Trang et les tours de Dong Duong, dédiées au bouddhisme. La capitale était alors Indrapura (région de Da Nang).
Declin
Le déclin commença au Xe siècle avec la pression croissante du Dai Viet, en expansion vers le sud (*Nam Tiến*). La capitale fut déplacée à Vijaya (Bình Định) en 1000. Malgré des victoires temporaires, comme le sac d'Angkor en 1177 par le roi Jaya Indravarman IV, et la célèbre résistance de la reine Po Binasuor (ou Bà Chúa Xứ) au XIVe siècle, le Champa perdit progressivement ses territoires du nord. La chute définitive de Vijaya en 1471 face aux Vietnamiens réduit le royaume à la petite principauté de Panduranga (Phan Rang), qui survécut comme vassale jusqu'à son annexion complète par l'empereur vietnamien Minh Mạng en 1832.
Heritage
L'héritage du Champa est visible dans l'architecture des tours-sanctuaires en brique, dont les techniques de construction sans mortier restent mystérieuses. L'art cham, avec ses sculptures en grès de divinités (Dvarapala, Apsara) et ses bas-reliefs, est d'une grande finesse. Les Cham modernes, minorité reconnue au Vietnam, au Cambodge et ailleurs, perpétuent leur langue austronésienne, leurs traditions textiles (sarongs), leur musique et leur religion (islam cham ou hindouisme cham). Le site de Mỹ Sơn et le musée de la Sculpture cham à Da Nang sont les principaux dépositaires de cet héritage.
