Royaume du Bénin

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Puissant État précolonial d'Afrique de l'Ouest, célèbre pour sa capitale fortifiée de Benin City, son administration centralisée et surtout pour son art du bronze et de l'ivoire d'une sophistication exceptionnelle.

Introduction

Le Royaume du Bénin (à ne pas confondre avec l'actuel Bénin, ancien Dahomey) fut l'une des civilisations les plus brillantes et les mieux organisées de l'Afrique précoloniale. Fondé par le peuple Edo, il rayonna pendant plus de sept siècles depuis sa capitale, Benin City, située dans l'actuel sud-ouest du Nigéria. Sa renommée internationale est indissociable de ses extraordinaires productions artistiques en bronze, laiton et ivoire, connues sous le nom de 'bronzes du Bénin', qui témoignent d'une maîtrise technique et d'une richesse culturelle inégalées.

Origines

La tradition orale et les chroniques royales attribuent la fondation de la première dynastie, dite des 'Ogiso' (Rois du Ciel), vers le Xe siècle. Une période d'instabilité conduisit les notables à demander l'aide d'Oduduwa, le souverain mythique d'Ife-Ife, berceau culturel des Yorubas. Celui-ci envoya son fils, le prince Oranmiyan, qui fonda vers 1180 la seconde dynastie, toujours régnante aujourd'hui sous le titre d'Oba. Cette origine commune avec Ife explique les influences stylistiques et religieuses profondes dans l'art et la culture du Bénin.

Organisation

Le royaume était une monarchie sacrée hautement centralisée et bureaucratique. L'Oba, considéré comme d'essence divine, détenait un pouvoir absolu. Il était assisté par un conseil de chefs (Uzama) héréditaires, des administrateurs royaux (Eghaevbo n'Ogbe et Eghaevbo n'Ore) et des sociétés de guildes spécialisées (artisans, marchands, guerriers). L'État contrôlait étroitement le commerce, la production artisanale et l'armée. La capitale, Benin City, était entourée d'immenses remparts et fossés, formant l'un des plus grands ouvrages de terrassement au monde avant l'ère mécanique.

Religion

La religion était centrée sur le culte des ancêtres, particulièrement celui des Obas défunts, intermédiaires entre le monde des vivants et celui des dieux (Osanobua). Des autels familiaux et royaux (avec des têtes commémoratives en bronze) étaient entretenus. Le dieu suprême était associé à Olokun, maître des mers, de la richesse et de la fertilité. Les rituels annuels, comme l'Ugie Erha Oba, renforçaient le lien entre l'Oba, ses ancêtres et le bien-être du royaume. Les sociétés secrètes, comme l'Egúngún, jouaient un rôle crucial dans l'ordre social et religieux.

Apogee

L'apogée du royaume s'étend du règne d'Oba Ewuare le Grand (vers 1440-1473) au XVIIe siècle. Ewuare réorganisa l'État, agrandit le territoire et fit de Benin City une métropole cosmopolite. C'est à cette période que l'art de la fonte à la cire perdue atteint son summum, produisant les célèbres plaques de palais, têtes commémoratives et figures animales. Le commerce avec les Portugais, établis à partir de 1485, apporta du cuivre (sous forme de manilles) et renforça la puissance économique. Le royaume exportait du poivre, de l'ivoire, des tissus et des esclaves (principalement des prisonniers de guerre), en échange d'armes à feu, de corail et de biens de luxe.

Declin

À partir du XVIIIe siècle, le royaume entra dans une phase de stagnation puis de déclin. L'essor de la traite négrière atlantique déstabilisa la région, provoquant des conflits internes et une militarisation croissante. L'interdiction de la traite par les Britanniques au XIXe siècle coupa une source de revenus majeure. Les tensions avec l'Empire britannique, avide de contrôler le commerce du palmier à huile, culminèrent en 1897. Suite à l'attaque d'une ambassade britannique, une expédition punitive fut lancée. Les troupes britanniques saccagèrent et incendièrent Benin City, déposèrent l'Oba Ovonramwen et pillèrent des milliers d'œuvres d'art (les 'Bronzes du Bénin'), marquant la fin de l'indépendance du royaume.

Heritage

L'héritage du Royaume du Bénin est immense. Son art, dispersé dans les musées du monde entier, a révolutionné la perception occidentale de l'art africain au début du XXe siècle. Il constitue un témoignage historique inestimable. Politiquement, l'institution de l'Oba a perduré sous forme culturelle et symbolique au sein de l'État d'Edo au Nigéria moderne. La question de la restitution des bronzes pillés en 1897 est devenue un enjeu mondial majeur du débat sur la décolonisation des musées, avec des retours significatifs au Nigéria ces dernières années. Le royaume reste un symbole puissant de la sophistication des civilisations africaines précoloniales.

Sources

  • Ben-Amos, Paula Girshick. 'The Art of Benin'. British Museum Press.
  • Roese, P.M., & Bondarenko, D.M. 'A Popular History of Benin'. Peter Lang.
  • Les 'Benin Bronzes' et archives du British Museum, du Musée Ethnologique de Berlin et du National Museum of Benin City.
  • Récits des voyageurs portugais (Duarte Pacheco Pereira, 1505-1508) et néerlandais (Olfert Dapper, 1668).
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