Royaume d'Axoum

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Axoum fut une puissance commerciale et militaire majeure de l'Antiquité tardive, dominant la mer Rouge et le nord-est de l'Afrique. Premier grand empire africain à adopter le christianisme, il est célèbre pour ses imposantes stèles monolithiques et son rôle de plaque tournante entre l'Afrique, l'Arabie et le monde méditerranéen.

Introduction

Le royaume d'Axoum, centré sur la ville d'Axoum dans l'actuelle Éthiopie, émergea comme l'une des civilisations les plus influentes de l'Antiquité classique. Sa puissance reposait sur un contrôle stratégique des routes commerciales reliant l'Inde, l'Arabie et l'Afrique intérieure à l'Empire romain, puis byzantin. Axoum développa une culture originale, synthèse d'influences africaines, sabéennes (sud-arabiques) et hellénistiques, et fut l'un des rares États de l'époque à frapper sa propre monnaie d'or, d'argent et de bronze.

Origines

Les origines d'Axoum sont liées à la culture pré-axoumite de D'mt (vers le VIIIe siècle av. J.-C.), influencée par les royaumes sud-arabiques (Saba). Au Ier siècle av. J.-C., un pouvoir centralisé émergea dans les hauts plateaux du Tigré. La fondation de la ville d'Axoum, bénéficiant de terres agricoles fertiles et d'une position sur la route de l'encens et de l'ivoire, marqua le début de son ascension. Le *Monumentum Adulitanum*, une inscription du roi Ezana, décrit l'expansion précoce du royaume.

Organisation

Axoum était une monarchie sacrée. Le roi, ou *Negus*, détenait un pouvoir absolu, renforcé par une idéologie divine. Il était à la tête d'une aristocratie guerrière et d'une administration complexe comprenant des gouverneurs de provinces. L'économie était fondée sur un commerce maritime et terrestre lucratif (ivoire, or, corne de rhinocéros, écailles de tortue, esclaves, encens) et sur une agriculture intensive (céréales, café). L'État contrôlait la frappe monétaire, un outil de propagande et de commerce international.

Religion

Initialement polythéiste, le panthéon axoumite incluait des dieux comme Mahrem (dieu de la guerre et protecteur de la dynastie), Astar (Vénus) et Beher (dieu de la mer). Une transition majeure survint au milieu du IVe siècle sous le roi Ezana, qui se convertit au christianisme, probablement sous l'influence de son précepteur syrien, Frumentius, consacré premier *Abuna* (évêque) d'Éthiopie par Athanase d'Alexandrie. Axoum devint ainsi l'un des premiers États chrétiens au monde, adoptant le rite copte orthodoxe, ce qui l'ancra dans la sphère culturelle de l'Orient chrétien.

Apogee

L'apogée s'étend du IIIe au VIe siècle. Axoum étendit son hégémonie sur une grande partie de la Corne de l'Afrique, conquit le royaume de Koush (Méroé) et contrôla des portions de l'Arabie (actuel Yémen). Sous des souverains comme Ezana (c. 320-360) et Kaleb (c. 520), le royaume mena des expéditions militaires lointaines. La civilisation se signala par une architecture monumentale : les célèbres stèles (obélisques) en granit, dont la plus grande (33 m) s'est effondrée, servaient probablement de monuments funéraires pour l'élite. La construction d'églises, comme Sainte-Marie-de-Sion (fondée au IVe siècle), témoigne de la ferveur chrétienne.

Declin

Le déclin commença au VIIe siècle. L'expansion de l'islam bouleversa l'équilibre géopolitique : la conquête musulmane de l'Égypte et des côtes de la mer Rouge isola Axoum de ses partenaires chrétiens et perturba ses réseaux commerciaux. Le royaume se replia sur les hauts plateaux éthiopiens. D'autres facteurs contribuèrent à son affaiblissement : l'épuisement des sols, la déforestation, et peut-être des changements climatiques. Les incursions de la reine païenne Gudit (ou Yodit) au Xe siècle portèrent un coup fatal au pouvoir central axoumite, qui laissa place à la période Zagwé.

Heritage

L'héritage d'Axoum est fondamental pour l'Éthiopie et la culture africaine. Il est le berceau de la monarchie éthiopienne, qui se réclama de la lignée salomonide issue du roi Salomon et de la reine de Saba. Le christianisme éthiopien orthodoxe, Église d'État jusqu'en 1974, y plonge ses racines. La langue guèze, langue liturgique, et son alphabet dérivé du sud-arabique, furent développés à Axoum. Le site archéologique d'Axoum, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, avec ses stèles, ses tombeaux royaux et les ruines de palais, reste un symbole national puissant. Axoum démontra la capacité des civilisations africaines à rivaliser avec les grandes puissances de leur temps.

Sources

  • Inscriptions royales axoumites (en guèze, grec et sabéen).
  • « Périple de la mer Érythrée » (Ier siècle apr. J.-C.), texte grec décrivant le commerce de la région.
  • Cosmas Indicopleustès, « Topographie chrétienne » (VIe siècle), récits d'un marchand voyageur.
  • Recherches archéologiques sur les sites d'Axoum, Adoulis et Matara.
  • « Kebra Nagast » (La Gloire des Rois), texte éthiopien du XIVe siècle fondant la légitimité salomonide.
  • Travaux des historiens : Stuart Munro-Hay, David W. Phillipson, Joseph Michels.
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