Introduction
L'opération Tempête du Désert constitue le volet combat de la guerre du Golfe, déclenchée en réponse à l'invasion et l'annexion du Koweït par l'Irak le 2 août 1990. Sous mandat de l'ONU (résolutions 660 et 678), une coalition inédite, dirigée par les États-Unis du président George H. W. Bush, se forme avec pour objectif de restaurer la souveraineté koweïtienne. L'opération illustre la nouvelle donne géopolitique post-Guerre froide et démontre la suprématie militaire technologique occidentale.
Description
L'opération se décompose en deux phases distinctes. La première, l'opération 'Tempête du Désert' proprement dite, est une campagne aérienne d'une intensité et d'une durée sans précédent (du 17 janvier au 23 février 1991). Près de 100 000 sorties aériennes sont effectuées, visant d'abord la suprématie aérienne, puis les centres de commandement, les infrastructures militaires, les sites de missiles Scud, et enfin les unités de la Garde Républicaine irakienne dans le désert koweïtien. L'emploi massif de munitions de précision (bombes guidées par laser ou GPS), bien que minoritaire en nombre, change la perception de la guerre aérienne. La seconde phase est l'offensive terrestre, baptisée 'Opération Sabre du Désert'. Lancée le 24 février 1991, elle surprend les Irakiens par son ampleur et sa rapidité. La stratégie du général américain Norman Schwarzkopf combine une feinte frontale massive depuis l'Arabie saoudite vers le sud du Koweït, et un vaste mouvement en tenaille ('Left Hook') des forces blindées occidentales (américaines, britanniques et françaises) qui traversent le désert irakien sur plusieurs centaines de kilomètres pour encercler et détruire l'élite de l'armée irakienne. La résistance s'effondre en 100 heures.
Histoire
Le conflit trouve son origine dans les tensions frontalières et économiques entre l'Irak et le Koweït, ainsi que dans les ambitions régionales de Saddam Hussein après la longue guerre Iran-Irak. L'invasion surprise du Koweït le 2 août 1990 provoque une condamnation internationale immédiate. L'ONU impose un embargo et autorise finalement le recours à la force. La coalition, dirigée par les États-Unis, rassemble des pays occidentaux (Royaume-Uni, France, Canada, Italie) et arabes (Arabie saoudite, Égypte, Syrie, Émirats arabes unis). Après des mois de préparatifs militaires (opération Bouclier du Désert) et de vaines tentatives diplomatiques, l'ultimatum fixé par l'ONU expire le 15 janvier 1991. L'offensive aérienne commence dans la nuit du 16 au 17 janvier. La campagne terrestre, lancée le 24 février, rencontre une résistance désorganisée. Le 28 février, le président Bush annonce un cessez-le-feu, laissant Saddam Hussein au pouvoir mais son armée largement détruite.
Caracteristiques
Cette bataille présente plusieurs caractéristiques novatrices. 1) **Guerre de coalition** : Une alliance internationale complexe, avec une intégration opérationnelle inédite entre armées occidentales et arabes. 2) **Révolution dans les affaires militaires** : Emploi massif de la furtivité (avions F-117), de la supériorité informationnelle (satellites, AWACS), des munitions de précision et de la guerre électronique. 3) **Médiatisation en temps réel** : La couverture CNN, avec ses reportages en direct depuis Bagdad, crée le phénomène de la 'guerre en chambre'. 4) **Asymétrie des pertes** : Les pertes de la coalition sont extrêmement faibles (environ 300 morts, dont beaucoup par accidents ou tirs amis) face à des estimations irakiennes allant de 20 000 à 50 000 morts militaires. 5) **Limitation des objectifs** : La coalition se fixe un objectif politique clair et limité (libération du Koweït), sans chercher à renverser le régime irakien, une décision qui aura des conséquences durables.
Importance
Tempête du Désert a eu un impact profond. Sur le plan **militaire**, elle a consacré la suprématie technologique américaine et a servi de modèle pour les conflits futurs (Balkans, Afghanistan, Irak 2003). Elle a accéléré la transformation numérique des armées. Sur le plan **géopolitique**, elle a affirmé le rôle de gendarme mondial des États-Unis dans l'ordre unipolaire post-1991 et a renforcé la crédibilité de l'ONU dans la gestion des crises. Elle a aussi scellé une alliance durable entre les États-Unis et les monarchies du Golfe. Sur le plan **régional**, elle a laissé Saddam Hussein affaibli mais en place, conduisant à une décennie de sanctions et de confrontations, et préparant indirectement l'invasion de 2003. Enfin, l'opération a eu des conséquences humaines et environnementales graves (utilisation du pétrole comme arme avec les marées noires et les puits de pétrole en feu, suspicions sur le 'Syndrome de la guerre du Golfe' chez les vétérans).
