Introduction
La bataille de Salamine, survenue le 29 septembre 480 av. J.-C., est considérée comme l'un des tournants majeurs de l'histoire occidentale. Elle constitue le point culminant de la seconde guerre médique, après les défaites héroïques des Thermopyles et la chute d'Athènes. Dans les eaux étroites du détroit de Salamine, la stratégie et la discipline des Grecs triomphèrent de la masse désorganisée de la flotte perse, changeant à jamais le cours du conflit et assurant la survie de la culture grecque classique.
Description
La bataille se déroula dans le détroit séparant l'île de Salamine de la côte attique, près du Pirée. Ce champ de bataille fut choisi avec ruse par le stratège athénien Thémistocle. Les eaux resserrées (environ 2 km de large à l'endroit le plus étroit) neutralisaient l'avantage numérique perse, empêchant leur flotte de plus de 1 000 navires (selon les sources antiques, probablement autour de 600-800) de se déployer correctement. La flotte grecque, forte d'environ 370 à 380 trières (dont 180 athéniennes), était massée en formation défensive. Thémistocle utilisa un stratagème pour attirer la flotte perse dans le piège : il envoya un faux transfuge informer Xerxès que les Grecs, démoralisés, prévoyaient de fuir. Xerxès ordonna alors à sa flotte de bloquer les deux issues du détroit durant la nuit, forçant les Grecs à combattre. Au matin, épuisés par une nuit de manœuvres, les Perses pénétrèrent dans le détroit où les Grecs les attendaient en ordre de bataille.
Histoire
Le contexte est la seconde invasion perse de la Grèce, lancée par le Grand Roi Xerxès Ier pour venger la défaite de son père Darius à Marathon (490 av. J.-C.) et soumettre définitivement les cités grecques. Après le sacrifice de Léonidas aux Thermopyles, l'Attique est envahie et Athènes est évacuée puis incendiée. La flotte grecque, rassemblée à Salamine où s'étaient réfugiés les civils athéniens, était le dernier rempart. Un conseil de guerre houleux eut lieu, où Thémistocle, menaçant de retirer la flotte athénienne, força les autres commandants (notamment le Spartiate Eurybiade) à accepter le combat à Salamine. Le jour de la bataille, Xerxès fit installer son trône sur les pentes du mont Égaleôs pour assister à ce qu'il croyait être une victoire certaine. La bataille commença par l'avancée de l'aile gauche grecque, menée par les Athéniens. Les lourds navires perses, principalement phéniciens, égyptiens et ioniens, s'engouffrèrent dans le chaos. Leurs manœuvres étaient entravées par l'étroitesse du lieu et leur manque de coordination. Les trières grecques, plus maniables, percèrent les lignes adverses avec leurs éperons de bronze, coulant ou immobilisant de nombreux vaisseaux. La mêlée devint confuse, et la discipline supérieure des équipages grecs fit la différence. La flotte perse fut mise en déroute, subissant des pertes considérables.
Caracteristiques
Cette bataille navale présente plusieurs caractéristiques fondamentales. 1) **Le terrain** : Le choix du détroit fut l'élément clé de la stratégie grecque, annulant la supériorité numérique. 2) **La ruse** : Le message trompeur de Thémistocle est un exemple classique de guerre psychologique. 3) **La technologie et la tactique** : Les Grecs utilisaient la trière, navire léger et rapide, manœuvré par des rameurs entraînés. La tactique principale était le **diekplous** (percée des lignes) suivi du **periplus** (encerclement), visant à éperonner les flancs fragiles des navires ennemis. 4) **La composition des flottes** : La flotte grecque était une alliance fragile mais unie (Athéniens, Corinthiens, Éginètes, Mégariens, etc.). La flotte perse était hétéroclite, composée de contingents de divers peuples de l'empire, avec des motivations et un commandement moins cohérents.
Importance
L'importance de Salamine est immense. Sur le plan militaire, elle brisa la puissance navale perse et coupa les lignes de ravitaillement de l'armée de Xerxès, le contraignant à se retirer partiellement de Grèce. Elle ouvrit la voie aux victoires terrestres décisives de Platées et du cap Mycale l'année suivante. Politiquement, elle consacra la montée en puissance d'Athènes, dont la flotte avait été l'héroïne du jour. Cette hégémonie navale fut le fondement de la ligue de Délos et de l'âge d'or de Périclès. Culturellement et historiquement, la victoire sauva les cités-États grecques et leur modèle démocratique naissant de l'absorption par l'empire despotique perse. Elle forgea la conscience identitaire grecque (l'idée d'opposition entre l'Europe libre et l'Asie despotique) et permit l'épanouissement de la civilisation classique, dont les idéaux philosophiques, artistiques et politiques sont à la base de la culture occidentale. L'historien antique Hérodote en fit le récit fondateur, et la bataille resta un symbole de la victoire de l'intelligence et de la liberté sur la force brute et la tyrannie.
