Introduction
Survenue au cœur du VIIIe siècle, la bataille de Poitiers est un événement charnière de l'histoire européenne, souvent présenté comme un choc des civilisations entre le monde chrétien franc et l'expansionnisme musulman omeyyade. Elle se déroula à un endroit indéterminé entre Poitiers et Tours, après plusieurs années de razzias arabes et berbères au nord des Pyrénées. Plus qu'une simple escarmouche, elle représente un moment décisif pour la formation de l'Europe médiévale et l'ascension de la dynastie carolingienne.
Description
L'armée omeyyade, forte d'une cavalerie légère et expérimentée, était principalement composée de Berbères et d'Arabes. Elle avait pour objectif de piller le riche sanctuaire de Saint-Martin de Tours. En face, Charles Martel rassembla une armée hétéroclite mais disciplinée de guerriers francs, principalement des fantassins lourds (les *scaras*), renforcés par des levées de nobles austrasiens, neustriens et burgondes. La bataille dura plusieurs jours, avec des escarmouches initiales, avant l'affrontement principal. Charles adopta une position défensive sur un terrain élevé et boisé, forçant la cavalerie ennemie à charger en montée. La phalange franque, compacte et disciplinée, résista aux assauts répétés. Le tournant intervint lorsque des Francs, ayant contourné le champ de bataille, attaquèrent le camp omeyyade, riche en butin. Croyant leur trésor menacé, de nombreux combattants omeyyades quittèrent les rangs, semant la confusion. Abd al-Rahman fut tué en tentant de rallier ses troupes, précipitant la déroute de son armée.
Histoire
Le contexte est celui de l'expansion fulgurante du califat omeyyade, qui avait conquis la péninsule Ibérique en 711. Depuis Al-Andalus, les gouverneurs lançaient régulièrement des expéditions (*razzias*) au nord des Pyrénées pour piller et tester les défenses. En 721, le duc Eudes d'Aquitaine avait déjà repoussé une armée à Toulouse. En 732, une grande armée commandée par Abd al-Rahman franchit les Pyrénées, écrasa Eudes d'Aquitaine près de la Garonne, pilla Bordeaux et se dirigea vers Tours. Eudes, vaincu, fit alors appel à son rival, Charles Martel, le puissant maire du palais des royaumes francs, qui détenait le pouvoir réel. Charles accepta l'alliance, voyant là une menace pour le royaume et une opportunité d'étendre son influence au sud de la Loire. Il intercepta l'armée omeyyade alors qu'elle se retirait, chargée de butin, après avoir pillé la région de Poitiers.
Caracteristiques
La bataille est remarquable par plusieurs aspects tactiques et structurels. 1) **Infanterie contre cavalerie** : Elle démontra la supériorité d'une infanterie lourde, bien disciplinée et en formation serrée (le « mur » franc) face à une cavalerie légère dépendante de la mobilité et du choc initial. 2) **Le choix du terrain** : Charles Martel choisit avec soin un terrain boisé et en pente, neutralisant l'avantage de la cavalerie adverse. 3) **Logistique et renseignement** : Charles avait préparé la campagne en rassemblant ses troupes à temps et en utilisant probablement un réseau d'espions. 4) **Une armée professionnelle** : Contrairement à la levée en masse, Charles s'appuyait sur une armée de vassaux et de soldats professionnels, annonçant le système féodal. 5) **Impact psychologique** : La mort du chef ennemi et l'attaque du camp furent des facteurs décisifs dans la déroute.
Importance
L'importance de Poitiers est immense, bien que parfois mythifiée. Militairement, elle mit fin aux incursions omeyyades d'envergure au nord des Pyrénées, confinant leur pouvoir à la péninsule Ibérique. Politiquement, elle consacra Charles Martel comme le chef incontesté du monde franc et le défenseur de la chrétienté, légitimant son pouvoir et préparant l'avènement de son petit-fils, Charlemagne. Idéologiquement, elle fut instrumentalisée plus tard comme un symbole de la résistance chrétienne face à l'Islam, forgeant une partie de l'identité européenne médiévale. Elle n'a pas arrêté net toute activité musulmane en Gaule (des raids eurent lieu jusqu'en 759), mais elle brisa son élan expansionniste et sécurisa la future Francia. Pour les historiens arabes médiévaux comme Ibn Khaldoun, cette défaite fut perçue comme un désastre majeur (« la bataille du Pavé des Martyrs »).
