Introduction
La bataille d'Isandhlwana est un événement majeur de la guerre anglo-zouloue de 1879, déclenchée par l'expansionnisme britannique en Afrique australe et l'ultimatum impossible du haut-commissaire Lord Chelmsford au roi zoulou Cetshwayo. Elle se déroula au pied d'une colline en forme de sphinx (Isandhlwana signifie 'la petite maison' ou 'le lieu ressemblant à un estomac de bœuf') dans le royaume zoulou, aujourd'hui en Afrique du Sud. Elle illustre le choc entre la puissance militaire industrielle de l'Empire britannique et la discipline, la stratégie et le courage de l'armée traditionnelle zouloue.
Description
Le 22 janvier 1879, la colonne centrale de l'invasion britannique, commandée par Lord Chelmsford en personne, avait établi un camp temporaire au pied de la colline d'Isandhlwana. Chelmsford, sous-estimant gravement les Zoulous, commit plusieurs erreurs tactiques fatales : il ne fit pas former le laager (cercle de chariots), ne fit pas creuser de tranchées et dispersa ses forces en envoyant une grande partie de ses troupes en reconnaissance. Le camp, sous le commandement du lieutenant-colonel Henry Pulleine, était gardé par six compagnies du 24th Regiment of Foot, des auxiliaires du Natal Native Contingent (NNC) et quelques artilleurs. Vers midi, l'armée zouloue, qui s'était approchée en silence en utilisant le terrain, lança son attaque en formation classique en 'cornes du buffle' : le centre (la 'poitrine') engagea frontalement les Britanniques tandis que les deux 'cornes' enveloppaient les flancs pour les prendre en tenaille. Malgré une résistance faride et des tirs nourris, les lignes britanniques, trop étirées et à court de munitions en raison de problèmes logistiques pour ouvrir les caisses de cartouches, furent submergées. Le combat dégénéra en mêlée générale et le camp fut anéanti en quelques heures. Très peu d'Européens survécurent.
Histoire
La défaite fut le résultat d'une conjonction de facteurs : l'arrogance et les erreurs de commandement britanniques (Chelmsford), la stratégie brillante des généraux zoulous qui exploitèrent parfaitement le terrain et la mobilité de leurs troupes, et des défaillances logistiques critiques (distribution des munitions). Le même jour, à quelques kilomètres de là, le poste de Rorke's Drift résista héroïquement à une attaque zouloue, sauvant l'honneur britannique. La nouvelle du désastre d'Isandhlwana, arrivée en Angleterre, provoqua une onde de choc. Le gouvernement de Disraeli fut sévèrement critiqué et Chelmsford, bien que temporairement maintenu à son poste, vit sa réputation irrémédiablement entachée. La défaite obligea Londres à envoyer des renforts massifs et à prendre la direction des opérations plus fermement, conduisant finalement à la victoire britannique à la bataille d'Ulundi en juillet 1879 et à l'annexion du royaume zoulou.
Caracteristiques
**Forces en présence :** Environ 1 800 hommes côté britannique (compagnies du 24th Regiment, NNC, artillerie). Environ 20 000 guerriers zoulous des régiments *impi* (parmi eux les vétérans uVe, iNgobamakhosi, uMbonambi). **Commandants :** Lt-Col. Henry Pulleine et Brevet Col. Anthony Durnford (tués) côté britannique ; les princes Ntshingwayo kaMahole et Mavumengwana kaNdlela côté zoulou. **Tactiques :** Les Britanniques utilisèrent la formation en ligne et en carré classique de l'infanterie de l'époque, avec appui d'artillerie (canons de 7 livres). Les Zoulous déployèrent la formation en 'cornes du buffle' (*impondo zankomo*), une tactique d'encerclement perfectionnée par le roi Shaka, alliant un assaut frontal massif et un mouvement d'enveloppement rapide des ailes. **Pertes :** Catastrophiques pour les Britanniques : plus de 1 300 soldats (dont environ 52 officiers européens et plus de 1 000 auxiliaires) tués. Pertes zouloues estimées entre 1 000 et 3 000 morts, témoignant de la férocité des combats au corps à corps et de la puissance de feu britannique avant la rupture.
Importance
Isandhlwana est bien plus qu'une défaite militaire coloniale. Elle est devenue un symbole : pour les Zoulous, elle représente le point culminant de la résistance nationale et de la puissance militaire traditionnelle face à l'envahisseur européen. Pour les Britanniques, c'est une leçon d'humilité et un traumatisme qui a forcé une réévaluation des tactiques coloniales. La bataille a profondément marqué la psyché collective des deux nations. Elle mit un terme au mythe de l'invincibilité européenne en Afrique et démontra que la discipline, le courage et des tactiques adaptées pouvaient triompher d'une technologie supérieure dans un contexte donné. Elle influença également la politique impériale britannique, conduisant à une approche plus prudente et parfois plus diplomatique dans les expansions futures. Aujourd'hui, le champ de bataille est un site patrimonial et mémorial important en Afrique du Sud, honorant la mémoire des combattants des deux côtés.
