El-Alamein

La bataille d'El-Alamein est un tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale en Afrique du Nord. Elle opposa l'Afrikakorps allemand et les forces italiennes, commandées par le maréchal Erwin Rommel, à la 8e armée britannique, d'abord sous les ordres du général Claude Auchinleck, puis du général Bernard Montgomery. La victoire décisive des Alliés en octobre-novembre 1942 mit fin à l'avancée de l'Axe vers l'Égypte et le canal de Suez.

Introduction

La bataille d'El-Alamein, qui se déroula en deux actes principaux (juillet et octobre-novembre 1942) dans le désert égyptien, est considérée comme l'un des engagements les plus critiques du théâtre méditerranéen. Elle marque l'apogée puis le reflux de la puissance de l'Axe en Afrique. Sa localisation, à seulement 100 km d'Alexandrie, en faisait un verrou stratégique absolu pour la défense de l'Égypte et du Moyen-Orient.

Description

Le site d'El-Alamein présentait une particularité géographique décisive : un front étroit d'une cinquantaine de kilomètres, coincé entre la mer Méditerranée au nord et les profondeurs impraticables de la dépression de Qattara au sud. Cet espace contraint empêchait les manœuvres d'encerclement chères à Rommel et favorisait une bataille d'usure frontale. Le terrain était parsemé de crêtes (comme la crête de Ruweisat) et de champs de mines défensifs, les fameux "jardins du diable". La première bataille (1er-27 juillet 1942) fut une offensive de l'Axe (opération « Aida ») stoppée net par la 8e armée britannique renforcée à la hâte. Bien qu'indécise, elle sauva Alexandrie et le canal. La seconde bataille, décisive, débuta le 23 octobre 1942 avec l'offensive britannique « Lightfoot » planifiée par Montgomery. Elle se caractérisa par un immense barrage d'artillerie, des combats acharnés pour percer les champs de mines, et l'engagement massif des blindés dans la phase finale (bataille de « Supercharge »).

Histoire

Après sa victoire à Gazala en juin 1942, Rommel poursuit les Britanniques en retraite jusqu'en Égypte. La première bataille d'El-Alamein (juillet) l'arrête. Les deux camps se renforcent considérablement pendant l'été. Rommel tente une ultime percée lors de la bataille d'Alam el Halfa (août-septembre), mais échoue. Montgomery, nommé commandant de la 8e armée en août, prépare méticuleusement son offensive. Le 23 octobre 1942, à 21h40, un barrage de plus de 800 canons marque le début de la seconde bataille. Les combats sont extrêmement violents et coûteux, notamment autour de l'objectif stratégique appelé « la Boîte à œufs ». Après douze jours de lutte acharnée et une supériorité matérielle écrasante (notamment en chars et en carburant), les Britannicos percent finalement le front. Le 4 novembre, Rommel, à court de ressources et menacé d'encerclement, ordonne la retraite, désobéissant ainsi à l'ordre de Hitler de « vaincre ou mourir ». La poursuite alliée sera longue mais inexorable.

Caracteristiques

Cette bataille est l'archétype de la bataille de matériel ("Materialschlacht") en milieu désertique. Les Britannicos bénéficiaient d'une nette supériorité numérique : environ 195 000 hommes contre 116 000 pour l'Axe, 1 000 chars (dont les nouveaux Sherman américains) contre environ 500, et une écrasante domination aérienne. La logistique fut l'élément clé : les lignes d'approvisionnement britanniques étaient courtes, tandis que celles de Rommel, dépendant du port lointain de Tobrouk, étaient constamment harcelées par la Royal Air Force et la Royal Navy depuis Malte. La bataille fut aussi une victoire du renseignement, les Britanniques décryptant les communications de l'Axe via Ultra. Tactiquement, elle mit fin au mythe de l'invincibilité de Rommel et démontra l'efficacité d'une approche méthodique et concentrée face à son génie tactique audacieux.

Importance

El-Alamein est un tournant psychologique et stratégique de la guerre. Winston Churchill déclara : « Avant El-Alamein, nous n'avons jamais eu de victoire. Après El-Alamein, nous n'avons jamais eu de défaite. » Elle sécurisa définitivement le Moyen-Orient et ses ressources pétrolières pour les Alliés. Couplée au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (Opération Torch) le 8 novembre 1942, elle piégea les forces de l'Axe en Tunisie, conduisant à leur reddition totale en mai 1943. La victoire redonna un immense moral à la Grande-Bretagne et à ses dominions (Australiens, Néo-Zélandais, Sud-Africains, Indiens y jouèrent un rôle crucial) et ouvrit la voie à la reconquête de l'Europe par le sud. Elle consacra également la réputation de Montgomery.

Anecdotes

Le « Murmure » des canons

Lors du barrage d'artillerie initial le 23 octobre, le son fut si puissant que l'onde de choc fut ressentie par les navires alliés au large. Les artilleurs britanniques, pour se protéger les oreilles, utilisaient souvent de la cire ou des bouchons d'ouate, mais le grondement était tel qu'il était décrit comme un rugissement physique continu.

La fausse berline de Montgomery

Pour tromper les reconnaissances aériennes de l'Axe sur l'emplacement de son quartier général, Montgomery utilisa une fausse berline Humber, identique à la sienne, placée sous une tente bien visible, tandis que son vrai QG était soigneusement camouflé ailleurs. Cette ruse faisait partie d'une vaste opération de désinformation, l'opération « Bertram ».

La mine perdue de Rommel

Pendant la retraite, Rommel, célèbre pour son sens du devoir envers ses hommes, aurait personnellement conduit un convoi à travers un ancien champ de mines allemand non cartographié, risquant sa vie pour montrer la voie à ses troupes en déroute et éviter qu'elles ne se fassent piéger par leurs propres défenses.

Le piège des fûts vides

Dans le cadre de l'opération « Bertram », les Britanniques construisirent une fausse canalisation en bois et en toile pour faire croire à une préparation longue, tandis qu'ils cachaient des chars en les déguisant en camions. À l'inverse, ils transformaient des camions en chars factices avec des armatures et des bâches. Des milliers de fûts vides furent alignés pour simuler des dépôts de carburant, détournant l'attention des vrais stocks, soigneusement dissimulés.

Sources

  • Churchill, Winston. "The Second World War, Volume IV: The Hinge of Fate."
  • Montgomery, Bernard Law. "The Memoirs of Field-Marshal Montgomery."
  • Latimer, Jon. "Alamein." (Harvard University Press, 2002).
  • Bierman, John & Smith, Colin. "The Battle of Alamein: Turning Point, World War II." (Viking, 2002).
  • Official Histories: "The Mediterranean and Middle East, Volume IV" (UK History of the Second World War).
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