Caporetto (Douzième bataille de l'Isonzo)

La bataille de Caporetto, ou Douzième bataille de l'Isonzo, fut une offensive décisive des forces austro-hongroises et allemandes contre l'Italie en octobre-novembre 1917. Elle se solda par une défaite catastrophique pour l'armée italienne, qui recula de plus de 100 km jusqu'à la rivière Piave. Cette débâcle, l'une des plus grandes défaites de la Première Guerre mondiale, menaça l'existence même de l'Italie en tant que belligérant.

Introduction

Survenue entre le 24 octobre et le 12 novembre 1917, la bataille de Caporetto est un événement majeur du front italien pendant la Première Guerre mondiale. Elle marque l'apogée de la série des onze batailles de l'Isonzo précédentes, qui avaient épuisé les deux camps sans résultat décisif. Caporetto se distingue par l'ampleur de la percée, l'effondrement du moral italien et ses conséquences politiques et militaires profondes.

Description

L'offensive fut planifiée par le général allemand Otto von Below et le général austro-hongrois Svetozar Boroević. Elle concentra des forces d'élite, dont les divisions allemandes de l'Alpenkorps, sur un front étroit près de la ville de Kobarid (Caporetto en italien). L'attaque combina des tactiques innovantes d'infiltration (développées par l'Oberstleutnant allemand Hermann Geyer et le capitaine Willy Rohr) avec un intense et bref barrage d'artillerie utilisant des obus à gaz toxiques et explosifs. Les Sturmtruppen (troupes d'assaut) percèrent les lignes italiennes, mal préparées à une telle guerre de mouvement et dont le moral était déjà bas après des offensives répétées et coûteuses. La défense italienne, commandée par le général Luigi Cadorna, s'effondra rapidement, forçant une retraite chaotique et désorganisée.

Histoire

Le conflit italo-autrichien s'était enlisé depuis 1915 dans une guerre d'usure le long de l'Isonzo. Après la onzième bataille, l'état-major austro-hongrois, à bout de forces, demanda l'aide de l'Allemagne. Le plan était de porter un coup décisif pour éliminer l'Italie de la guerre. L'attaque débuta à 2h du matin le 24 octobre 1917 par un bombardement massif et précis. Les unités d'assaut avancèrent dans le brouillard et le terrain montagneux, contournant les points de résistance. Des unités italiennes entières, comme le IIe Corps d'armée, furent encerclées et capturées. En trois jours, la percée était totale. Malgré une résistance acharnée à certains endroits, l'armée italienne fut contrainte à une retraite générale jusqu'à la ligne du Piave, où elle parvint à se stabiliser le 12 novembre, aidée par l'arrivée de renforts franco-britanniques.

Caracteristiques

Caporetto est emblématique de plusieurs aspects militaires : 1) L'utilisation pionnière et massive des tactiques d'infiltration (ou « Hutier »), évitant les assauts frontaux pour s'infiltrer dans les failles et désorganiser les arrières. 2) La combinaison d'un bombardement court mais extrêmement intense et d'attaques au gaz. 3) L'effondrement psychologique et la perte de cohésion d'une armée épuisée, aboutissant à la capture d'environ 300 000 soldats italiens. 4) Une retraite de plus de 100 km, phénomène rare sur le front occidental après 1914. 5) La bataille se déroula dans un terrain alpin extrêmement difficile, ce qui rend la percée encore plus remarquable.

Importance

L'importance de Caporetto est immense. Militairement, elle sauva l'Autriche-Hongrie d'un effondrement imminent et transforma la stratégie italienne, passant de l'offensive à une défense acharnée sur la ligne du Piave, qui résista ensuite à Vittorio Veneto. Politiquement, elle provoqua la chute du gouvernement Boselli et son remplacement par celui de Vittorio Emanuele Orlando. Le commandant en chef Cadorna fut limogé et remplacé par le général Armando Diaz. Socialement, la défaite fut un traumatisme national, analysée comme un échec des élites et un révélateur des faiblesses de l'État italien unitaire. Elle unifia cependant le pays dans un sursaut patriotique (« Résistez sur le Piave ! »). Culturellement, elle est immortalisée dans le roman « Adieu à les armes » d'Ernest Hemingway. La bataille démontra l'efficacité des nouvelles tactiques allemandes, préfigurant les offensives de 1918 sur le front occidental.

Anecdotes

L'écrivain-soldat

Ernest Hemingway, alors ambulancier de la Croix-Rouge américaine en Italie, fut blessé par un mortier lors des combats de retraite près de Fossalta di Piave en juin 1918, une expérience qui inspira directement son roman « Adieu à les armes » (1929), où le protagoniste, Frederic Henry, vit la débâcle de Caporetto et déserte.

Le mot qui devint synonyme de déroute

En Italie, « Caporetto » est entré dans le langage courant comme un synonyme de défaite écrasante, de désastre ou d'effondrement complet, tant sur le plan militaire que dans d'autres domaines (politique, sport, etc.).

Les prisonniers oubliés

Sur les quelque 300 000 soldats italiens faits prisonniers, beaucoup furent déportés dans des camps en Autriche-Hongrie et en Allemagne où les conditions étaient très dures. Des milliers moururent de faim, de maladie et de mauvais traitements, un chapitre souvent occulté dans l'immédiat après-guerre.

Le rôle du brouillard et de la trahison

La légende (et la propagande de l'époque) a souvent attribué la défaite à la trahison de certains soldats ou à la lâcheté. En réalité, l'état-major italien, dirigé par Cadorna, refusa longtemps de croire aux rapports annonçant une offensive majeure et avait négligé les défenses en profondeur. Le brouillard matinal du 24 octobre joua un rôle crucial en cachant les mouvements des troupes d'assaut.

Sources

  • Hemingway, Ernest. Adieu à les armes. 1929.
  • Thompson, Mark. The White War: Life and Death on the Italian Front 1915-1919. Faber & Faber, 2008.
  • Schindler, John R. Isonzo: The Forgotten Sacrifice of the Great War. Praeger, 2001.
  • Morselli, Mario. Caporetto 1917: Victory or Defeat?. Frank Cass, 2001.
  • Site du Musée de Kobarid (Slovénie) : dédié à la bataille de Caporetto.
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