Introduction
La première bataille de Breitenfeld, survenue près de Leipzig en Saxe, est un événement charnière de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Ce conflit religieux et politique dévastateur opposait les États protestants aux puissances catholiques dirigées par les Habsbourg. En 1631, la cause protestante était au bord de l'effondrement après une série de défaites. L'intervention du roi de Suède, Gustave II Adolphe, et sa victoire éclatante à Breitenfeld ont radicalement changé le cours de la guerre et l'équilibre des forces en Europe.
Description
Les armées s'affrontent sur une plaine ouverte au nord de Leipzig. L'armée impériale (Ligue Catholique), forte d'environ 35 000 hommes sous les ordres du vétéran Johann Tserclaes, comte de Tilly, adopte la formation traditionnelle en carrés massifs de piquiers (les tercios espagnols), protégés par des mousquetaires et une puissante artillerie. Face à elle, l'armée suédo-protestante, composée d'environ 23 000 Suédois et 18 000 Saxons, est commandée par Gustave Adolphe. Le roi a profondément réformé son armée : ses unités sont plus petites, plus mobiles, et combinent piquiers et mousquetaires en un ratio optimal. Son artillerie, plus légère et maniable, peut changer de position rapidement. La bataille commence par un duel d'artillerie. L'aile saxonne, peu fiable, est rapidement mise en déroute par l'assaut impérial. Tilly pivote alors son armée pour envelopper le flanc suédois restant. C'est là que la discipline et la flexibilité suédoises font la différence. Alors que l'infanterie suédoise résiste farouchement aux assauts des tercios, la cavalerie suédoise, entraînée à charger au sabre plutôt qu'au pistolet (contrairement à la cavalerie impériale), repousse ses homologues. Le moment décisif survient lorsque Gustave Adolphe, avec une partie de sa cavalerie et de son infanterie, effectue un large mouvement tournant pour attaquer le flanc et l'arrière de l'armée impériale, désormais engagée de front. Pris en tenaille, les tercios immobiles sont décimés par le feu croisé de l'infanterie et de l'artillerie suédoises. La déroute est totale pour Tilly, qui perd les deux tiers de son armée.
Histoire
La bataille s'inscrit dans la phase suédoise de la guerre de Trente Ans. Gustave Adolphe est intervenu en 1630 pour défendre les protestants allemands et contrer l'influence des Habsbourg en Baltique. Après avoir sécurisé ses bases en Poméranie, il avance en Allemagne centrale. La prise et le sac de Magdebourg par Tilly en mai 1631, un épisode d'une brutalité inouïe, galvanise la résistance protestante. L'électeur de Saxe, Jean-Georges Ier, jusque-là neutre, rejoint finalement la coalition suédoise. Lorsque Tilly envahit la Saxe pour la punir, les deux armées se rencontrent finalement à Breitenfeld. La victoire ouvre à Gustave Adolphe la route du sud de l'Allemagne et de la Bohême.
Caracteristiques
Cette bataille est un modèle de révolution militaire. Les innovations suédoises y sont pleinement déployées : 1) **Flexibilité tactique** : Les brigades suédoises, plus petites que les tercios, peuvent manœuvrer et se réformer rapidement. 2) **Combinaison des armes** : L'infanterie suédoise mêle piquiers et mousquetaires de manière plus efficace, permettant un taux de feu supérieur grâce à des salves roulantes. 3) **Cavalerie offensive** : La cavalerie suédoise est entraînée à charger pour rompre les rangs ennemis, et non à pratiquer le caracole (tir au pistolet avant de se retirer). 4) **Artillerie mobile** : Les canons de régiment suédois, légers, soutiennent directement l'infanterie. 5) **Logistique et discipline** : L'armée suédoise est une force permanente, bien approvisionnée et soumise à une discipline stricte, ce qui réduit les pillages et améliore la cohésion.
Importance
L'importance de Breitenfeld est immense. Militairement, elle sonne le glas de la suprématie des tercios espagnols et consacre les nouvelles tactiques de mobilité et de puissance de feu qui domineront les champs de bataille européens pour des siècles. Politiquement, elle sauve la cause protestante de l'anéantissement et brise l'aura d'invincibilité des armées impériales. Elle permet à Gustave Adolphe de devenir l'arbitre de l'Allemagne et pousse d'autres puissances, comme la France du cardinal de Richelieu, à s'engager plus ouvertement contre les Habsbourg (subsidies, puis entrée en guerre). La bataille inaugure une période de domination suédoise en Allemagne du Nord, qui influencera profondément l'issue de la guerre et les clauses de la Paix de Westphalie en 1648. Elle est souvent citée comme l'une des batailles les plus décisives de l'histoire européenne.
