Introduction
La bataille de Poltava est l'apogée de la Grande Guerre du Nord (1700-1721), un conflit qui visait à redessiner la carte politique de la Baltique. Après des années de campagnes audacieuses et de succès initiaux, le roi Charles XII de Suède, surnommé "l'Alexandre du Nord", envahit la Russie en 1708. Son objectif était de porter un coup fatal à Pierre le Grand et de forcer la Russie à accepter ses conditions. Cependant, l'hiver russe, la stratégie de la terre brûlée et une campagne épuisante affaiblirent considérablement l'armée suédoise, la conduisant sous les murs de la forteresse ukrainienne de Poltava au printemps 1709.
Description
Le siège de Poltava, commencé en avril 1709, devint le point de fixation des deux armées. Charles XII, blessé au pied avant la bataille, ne pouvait plus commander directement sur le champ. L'armée suédoise, forte d'environ 17 000 hommes (dont de nombreux Cosaques du hetman Ivan Mazepa, allié de la Suède), était épuisée et manquait cruellement de poudre et de renforts. Face à elle, Pierre le Grand avait rassemblé une armée russe modernisée de près de 42 000 soldats, bien équipée et retranchée derrière un système de redoutes (fortifications de campagne) ingénieux. Le matin du 8 juillet, les Suédois lancèrent une attaque frontale désespérée contre les lignes russes. L'assaut initial sur les redoutes causa des pertes sévères et désorganisa l'infanterie suédoise. La bataille rangée qui s'ensuivit vit la nouvelle infanterie russe, disciplinée et supérieure en nombre, écraser les bataillons suédois éparpillés. La cavalerie suédoise fut également contenue puis mise en déroute. En quelques heures, l'armée suédoise était anéantie ; les pertes furent catastrophiques : près de 7 000 tués ou blessés et plus de 2 800 prisonniers, contre environ 1 300 morts du côté russe. Le reste de l'armée, avec Charles XII et Mazepa, fut contraint de fuir vers le sud, vers l'Empire ottoman.
Histoire
La campagne qui mena à Poltava débuta avec l'invasion de la Russie par Charles XII en 1708. Après la victoire suédoise à Holowczyn, Pierre le Grand évita une bataille décisive, appliquant une stratégie de retraite et de terre brûlée qui étirait les lignes de ravitaillement suédoises. Le terrible hiver 1708-1709, l'un des plus rigoureux du siècle, décima l'armée suédoise. Au printemps, Charles XII se tourna vers l'Ukraine, espérant y trouver des vivres et un soutien des Cosaques de Mazepa. Le siège de Poltava fut une tentative de s'emparer d'un point d'appui et de provoquer une bataille avant l'arrivée de renforts russes. La décision d'attaquer malgré l'infériorité numérique et logistique fut un pari risqué qui se solda par un désastre complet. La défaite fut consommée trois jours plus tard à la reddition de l'armée suédoise restante à Perevolotchna, sur les rives du Dniepr.
Caracteristiques
La bataille illustra plusieurs évolutions militaires. Elle marqua la fin de la suprématie de l'infanterie suédoise, réputée invincible depuis la Guerre de Trente Ans, face à une armée russe modernisée à l'européenne. Pierre le Grand démontra l'importance de l'artillerie (les Russes alignaient 102 canons contre 4 pour les Suédois) et de fortifications de campagne (les redoutes) pour briser l'élan de l'assaillant. La bataille fut aussi une défaite du commandement : Charles XII, blessé et isolé, délégua une partie des décisions à ses généraux, menant à un manque de coordination. À l'inverse, Pierre le Grand commandait personnellement et de manière centralisée.
Importance
L'importance de Poltava est immense. Elle est considérée comme le point de bascule de la Grande Guerre du Nord et un événement fondateur pour l'Empire russe. La victoire propulsa la Russie au rang de grande puissance européenne, annonçant son ascension future. Pour la Suède, c'est le début d'un long déclin qui mit fin à son statut de puissance dominante en Baltique ("l'empire suédois"). La bataille eut également des conséquences géopolitiques majeures : elle renforça l'alliance russo-danoise et saxonne, permit à la Russie de consolider ses gains dans les pays baltes (comme l'Ingrie, future site de Saint-Pétersbourg) et influença profondément les équilibres en Europe centrale et orientale. Symboliquement, elle consacra la figure de Pierre le Grand comme réformateur et bâtisseur de l'État russe moderne.
