Armada (1588)

L'Invincible Armada est le nom donné à la flotte espagnole envoyée par le roi Philippe II en 1588 pour envahir l'Angleterre et renverser la reine protestante Élisabeth Ire. Cette campagne navale, qui se déroula dans la Manche et au large des côtes britanniques, se solda par un échec retentissant pour l'Espagne, en grande partie dû à la tactique anglaise, aux tempêtes et à une logistique défaillante. Cet événement marqua un tournant dans la domination maritime espagnole et renforça le prestige de l'Angleterre.

Introduction

L'Invincible Armada (en espagnol : Grande y Felicísima Armada) représente l'une des opérations militaires les plus ambitieuses et les plus célèbres du XVIe siècle. Elle fut lancée par le monarque catholique le plus puissant d'Europe, Philippe II d'Espagne, contre l'Angleterre protestante d'Élisabeth Ire. Cette expédition visait à rétablir le catholicisme en Angleterre, à punir la reine pour son soutien aux rebelles néerlandais et aux corsaires anglais, et à mettre un terme à la menace que représentaient les activités maritimes anglaises pour les intérêts espagnols dans le Nouveau Monde.

Description

L'Armada, rassemblée à Lisbonne, était une flotte colossale pour l'époque, composée d'environ 130 navires, dont 22 galions de guerre, 44 navires marchands armés et de nombreux transports. Elle transportait près de 30 000 hommes : marins, soldats, rameurs et religieux. Le commandement fut confié au duc de Medina Sidonia, un noble loyal mais sans expérience navale. Le plan stratégique était complexe : naviguer jusqu'à la Manche, sécuriser un passage jusqu'aux Pays-Bas espagnols, embarquer une armée d'invasion de 30 000 hommes commandée par le duc de Parme, puis traverser la mer du Nord pour débarquer en Angleterre. Face à elle, la flotte anglaise, commandée par Lord Howard d'Effingham avec des capitaines aguerris comme Francis Drake et John Hawkins, était plus petite (environ 200 navires, mais beaucoup plus légers) mais plus manœuvrable et mieux armée en artillerie à longue portée.

Histoire

L'Armada quitta Lisbonne en mai 1588 et fut immédiatement retardée par des tempêtes. Elle atteint la Manche fin juillet. Les engagements qui s'ensuivirent (batailles de Plymouth, de Portland Bill et de l'île de Wight) virent les Anglais adopter une tactique de harcèlement à distance, refusant l'abordage et utilisant leur artillerie supérieure. Incapable de forcer une bataille décisive, l'Armada jeta l'ancre au large de Calais le 6 août pour attendre l'armée de Parme, qui n'était pas prête. Dans la nuit du 7 au 8 août, les Anglais lancèrent une attaque audacieuse avec des brûlots (navires incendiaires), semant la panique et forçant les Espagnols à couper leurs ancres et à se disperser. Le lendemain, la bataille de Gravelines fut une confrontation plus directe où les Anglols infligèrent des dégâts importants. Le vent dominant du sud-ouest et la menace des bancs de sable des Flandres empêchèrent alors Medina Sidonia de revenir vers Calais. Il prit la décision fatidique de fuir vers le nord, contournant les îles Britanniques par la mer du Nord pour retourner en Espagne en passant par l'ouest de l'Irlande. Ce voyage de retour fut un calvaire : des tempêtes violentes, des naufrages sur les côtes rocheuses d'Écosse et d'Irlande, le manque de vivres et d'eau fraîche décimèrent la flotte. Seulement environ la moitié des navires et un tiers des hommes revinrent en Espagne.

Caracteristiques

La campagne de l'Armada fut caractérisée par plusieurs éléments clés. Sur le plan naval, elle opposa deux doctrines : la stratégie espagnole traditionnelle, centrée sur l'abordage et le combat d'infanterie en mer, à la nouvelle tactique anglaise de la guerre de course et du combat à l'artillerie à distance. La logistique fut un point faible majeur pour l'Espagne : les navires étaient surchargés d'hommes, les provisions se gâtèrent rapidement et la coordination avec l'armée de Parme était irréaliste. Les conditions météorologiques, surnommées le « Protestant Wind » par les Anglais, jouèrent un rôle décisif, dispersant la flotte et la détruisant lors du retour. Enfin, le commandement anglais, décentralisé et agressif, contrasta avec la structure rigide et hiérarchique de l'Armada.

Importance

L'échec de l'Invincible Armada est un événement fondateur de la légende nationale anglaise et un tournant géopolitique majeur. Il brisa le mythe de l'invincibilité espagnole et sauva la Réforme protestante en Angleterre. Bien que la guerre anglo-espagnole se poursuivit jusqu'en 1604, l'Espagne ne tenta plus jamais une invasion à cette échelle. L'événement marqua le début du déclin relatif de la puissance navale espagnole et l'émergence de l'Angleterre, puis de la Grande-Bretagne, comme future puissance maritime dominante. Il stimula également le sentiment national et la propagande en Angleterre, célébrant la victoire de la « petite » Angleterre protestante contre le géant catholique. Sur le plan militaire, il valida l'importance de l'artillerie navale et des navires rapides et maniables, influençant l'évolution de la guerre navale pour les siècles à venir.

Anecdotes

Le jeu de bowls de Drake

Une légende tenace, probablement apocryphe mais très populaire, raconte que lorsque l'Armada fut signalée au large des côtes anglaises, Sir Francis Drake, vice-amiral de la flotte, terminait une partie de bowls sur le green de Plymouth. Il aurait déclaré qu'il avait « tout le temps de finir ce jeu et de battre les Espagnols ensuite », illustrant le flegme et la confiance attribués aux commandants anglais.

La médaille commémorative

Pour célébrer la victoire, la reine Élisabeth Ire fit frapper une médaille commémorative portant l'inscription latine « Flavit Jehovah et Dissipati Sunt » (« Dieu a soufflé et ils ont été dispersés »). Cette phrase résumait parfaitement la propagande officielle, attribuant la victoire à la fois à la volonté divine (le vent protestant) et à la défaite de l'ennemi.

Le sort des naufragés en Irlande

Des dizaines de navires espagnols firent naufrage sur les côtes sauvages d'Irlande. Les survivants, affaiblis et désarmés, furent pour la plupart massacrés par les autorités anglaises locales ou par des clans irlandais cherchant à prouver leur loyauté à la Couronne. Quelques-uns purent s'échapper grâce à l'aide de chefs irlandais catholiques hostiles à la présence anglaise, et certains s'intégrèrent même à la population locale.

Sources

  • Geoffrey Parker, 'The Grand Strategy of Philip II' (1998)
  • Colin Martin & Geoffrey Parker, 'The Spanish Armada' (1988)
  • Neil Hanson, 'The Confident Hope of a Miracle: The True History of the Spanish Armada' (2003)
  • Documents du National Maritime Museum, Greenwich
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