Introduction
La bataille d'Actium est bien plus qu'un simple combat naval ; elle représente le point culminant d'une décennie de tensions politiques et personnelles après l'assassinat de Jules César. Elle scelle le destin du monde méditerranéen en tranchant la rivalité entre les deux derniers triumvirs, Octave et Marc Antoine, et en éliminant la menace perçue d'une monarchie orientale incarnée par Cléopâtre. Son issue a des répercussions politiques, culturelles et historiques qui façonnent les siècles à venir.
Description
La bataille se déroula à l'entrée du golfe Ambracique (aujourd'hui golfe d'Arta), sur la côte occidentale de la Grèce, près du promontoire d'Actium. Marc Antoine et Cléopâtre alignaient une flotte imposante, estimée entre 200 et 230 navires de guerre, principalement de lourdes quinquérèmes et quadrirèmes conçues pour l'abordage. Leur armée terrestre, forte de près de 100 000 hommes, était campée sur la rive sud du golfe. Face à eux, la flotte d'Octave, commandée par l'habile Agrippa, comptait environ 250 à 400 navires, plus légers et maniables (des liburnes). La stratégie d'Agrippa fut de bloquer la flotte ennemie dans le golfe, coupant ses lignes de ravitaillement par mer. Après des mois de blocus, affaibli par la maladie et les désertions, Marc Antoine fut contraint de tenter une percée.
Histoire
Le conflit trouve ses racines dans le partage du pouvoir après la défaite des assassins de César. Le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) se délita, Lépide étant écarté en 36 av. J.-C. La relation entre Octave, maître de l'Occident, et Marc Antoine, installé en Orient avec Cléopâtre, se dégrada irrémédiablement. La propagande octavienne peignit Antoine comme un traître à Rome, ensorcelé par la reine égyptienne. En 32 av. J.-C., Octave déclara la guerre à Cléopâtre, évitant ainsi une déclaration formelle de guerre civile contre un citoyen romain. Antoine et Cléopâtre rassemblèrent leurs forces en Grèce, mais la stratégie de blocus maritime d'Agrippa les prit au piège. Le jour de la bataille, Antoine tenta de forcer le passage avec une partie de sa flotte (environ 170 navires), laissant le reste derrière lui. Le combat fut indécis jusqu'à ce que l'escadre de Cléopâtre, positionnée à l'arrière, profite d'un vent favorable pour fuir avec soixante navires. Marc Antoine, la voyant partir, abandonna le combat et la suivit, laissant sa flotte se faire détruire ou capturer. L'armée terrestre, démoralisée, se rendit peu après.
Caracteristiques
La bataille est souvent mal comprise comme un grand massacre naval. En réalité, l'engagement direct fut limité avant la fuite. Les caractéristiques principales sont : 1) **Une bataille de manœuvre et de blocus** : La victoire fut acquise par la stratégie supérieure d'Agrippa bien avant le 2 septembre. 2) **La suprématie des navires légers** : Les liburnes d'Octave, plus rapides, purent harceler et isoler les lourds vaisseaux d'Antoine, évitant l'abordage. 3) **L'importance décisive de la fuite** : L'abandon du champ de bataille par les deux commandants en chefs est un fait unique dans l'histoire militaire romaine. 4) **Une bataille psychologique** : Le moral des troupes d'Antoine, miné par le blocus et la propagande, s'effondra.
Importance
L'importance d'Actium est monumentale. Elle marque la fin définitive des guerres civiles romaines et la naissance du Principat, le régime impérial fondé par Auguste (Octave). Elle consacre la prééminence de l'Occident romain (l'Italie) sur l'Orient hellénistique. La défaite d'Antoine et de Cléopâtre entraîna leur suicide l'année suivante et l'annexion de l'Égypte, dernier royaume hellénistique, qui devint la propriété personnelle de l'empereur. Cette victoire permit à Octave de monopoliser le pouvoir, d'instaurer la *Pax Romana* et de réorganiser l'État. Symboliquement, Actium fut présentée par la propagande augustéenne comme la victoire de la vertu romaine et de l'Occident sur le despotisme oriental et la luxure, un thème exploité par les poètes comme Virgile. La date de la bataille fut célébrée comme un jour fondateur du nouvel âge d'or.
