Introduction
L'Eyjafjallajökull est l'un des volcans les plus emblématiques d'Islande, non par sa taille ou sa fréquence éruptive, mais par l'impact global de son réveil en 2010. Ce volcan, coiffé d'un glacier, incarne parfaitement l'interaction puissante et parfois dévastatrice entre le feu et la glace qui caractérise la géologie islandaise. Son éruption a offert une démonstration spectaculaire de la vulnérabilité des sociétés modernes face aux forces de la nature.
Description
L'Eyjafjallajökull est un stratovolcan d'environ 1 666 mètres d'altitude, situé à environ 125 km à l'est de Reykjavik. Sa particularité majeure est d'être entièrement recouvert par une calotte glaciaire (le sixième plus grand d'Islande), dont l'épaisseur varie entre 100 et 200 mètres au sommet. Le cratère principal, d'un diamètre de 3 à 4 km, est enfoui sous cette glace. Le volcan fait partie d'un système volcanique plus vaste, s'étendant d'est en ouest, qui inclut également le volcan voisin Katla, bien plus puissant et dangereux, logé sous le glacier Mýrdalsjökull. Géologiquement, il est situé sur la frontière de la plaque tectonique eurasienne et de la plaque nord-américaine, alimenté par le point chaud islandais.
Histoire
L'Eyjafjallajökull a connu une activité éruptive documentée à plusieurs reprises au cours de l'histoire. Avant 2010, les éruptions historiques confirmées eurent lieu en 920, 1612 (ou 1613), et de 1821 à 1823. Cette dernière éruption fut particulièrement longue, s'étalant sur plus de 14 mois, et fut marquée par des épisodes de jökulhlaups (débâcles glaciaires) dévastateurs. Après cette période, le volcan est entré dans une phase de sommeil de près de 187 ans, souvent qualifiée de 'dormance', avant de se réveiller de manière spectaculaire au printemps 2010.
Caracteristiques
L'éruption de 2010 s'est déroulée en deux phases principales. Une première phase fissurale, dite de Fimmvörðuháls, débuta le 20 mars 2010 sur le flanc est, hors de la calotte glaciaire, produisant des fontaines de lave et des coulées spectaculaires mais peu dangereuses. La phase principale débuta le 14 avril au sommet, sous la glace. La rencontre du magma et de la glace provoqua des explosions phréatomagmatiques violentes, fragmentant le magma en particules de verre et de cendre extrêmement fines. Le panache de cendres, riche en silice, fut projeté à plus de 9 km d'altitude et fut transporté par les vents vers l'espace aérien européen. La nature fine et abrasive des cendres, combinée à leur concentration, représentait un danger critique pour les réacteurs d'avions, pouvant provoquer l'arrêt des moteurs.
Importance
L'impact de l'éruption de 2010 fut historique et planétaire. Pour la première fois, l'espace aérien de presque toute l'Europe fut fermé pendant près d'une semaine, annulant plus de 100 000 vols et affectant 10 millions de voyageurs. Les pertes économiques pour l'industrie aérienne et le tourisme sont estimées à plusieurs milliards d'euros. Cet événement a servi de réveil brutal, mettant en lumière l'importance de la surveillance volcanique et la nécessité de revoir les protocoles de gestion du trafic aérien en cas de crise volcanique. Il a également placé l'Islande et sa géologie unique sous les projecteurs mondiaux. Scientifiquement, l'éruption a fourni une mine de données sur les interactions magma-glace et le transport des panaches de cendres. Localement, malgré les craintes de jökulhlaups, les dégâts furent limités grâce à une évacuation préventive efficace, bien que les fermes environnantes aient été recouvertes de cendres et que certaines rivières aient connu des crues importantes.
