Erta Ale

L'Erta Ale est un volcan-bouclier situé dans le désert du Danakil, en Éthiopie. Il est célèbre pour abriter l'un des rares lacs de lave permanents au monde, une caldeira en fusion quasi constante depuis plus d'un siècle. Surnommé la 'Montagne qui fume' par les Afars, c'est l'un des volcans les plus actifs et les plus inhospitaliers de la planète.

Introduction

Perdu dans l'une des régions les plus chaudes et les plus basses de la Terre, la dépression du Danakil, l'Erta Ale est un géant de feu qui défie les conditions extrêmes. Ce volcan, culminant à 613 mètres d'altitude, est le point central d'un vaste champ volcanique et l'élément le plus remarquable de la branche nord de la Vallée du Grand Rift, là où la croûte terrestre s'étire et s'amincit. Sa renommée mondiale tient à la présence persistante d'un ou plusieurs lacs de lave en son sommet, offrant une fenêtre unique et directe sur les entrailles de la Terre.

Description

L'Erta Ale est un volcan-bouclier basaltique typique, caractérisé par ses pentes douces formées par l'accumulation de coulées de lave fluide. Son sommet est tronqué par une caldeira elliptique (ou pit crater) d'environ 1,6 km de long sur 700 m de large, orientée nord-sud. À l'intérieur de cette caldeira se trouvent, selon les périodes d'activité, une ou plusieurs fosses (pits) contenant les fameux lacs de lave. Le plus célèbre, le pit sud, a été le site d'un lac de lave quasi permanent pendant des décennies. La lave, d'une composition basaltique pauvre en silice, est extrêmement fluide et maintient une température d'environ 1100-1200°C. La surface du lac est animée de mouvements convectifs, formant une croûte noire qui se brise et se renouvelle en permanence, libérant des fontaines et des éclaboussures de lave incandescente. Le paysage environnant est lunaire, parsemé de coulées anciennes, de cônes de scories et de dépôts de soufre et de sel.

Histoire

L'activité volcanique de l'Erta Ale est documentée depuis les premières explorations européennes au 19ème siècle, mais elle est connue des populations Afars locales depuis des siècles. Le premier rapport scientifique d'un lac de lave actif date de l'expédition de l'explorateur italien Giuseppe Maria Giulietti en 1873. L'activité persistante a été confirmée par plusieurs expéditions au 20ème siècle, dont celle de Haroun Tazieff en 1968, qui a grandement contribué à sa notoriété. Le volcan connaît des phases d'activité plus ou moins intense. Des débordements majeurs du lac de lave ont eu lieu, notamment en 1972, 2005, 2010 et 2017. L'épisode de 2005 a été particulièrement spectaculaire, avec une coulée de lave qui a parcouru plus de 15 km. En janvier 2017, une éruption fissurale sur le flanc sud-est a produit d'importantes coulées. L'accès à la zone, déjà difficile en raison du climat, est compliqué par l'instabilité politique et les conflits frontaliers dans la région Afar.

Importance

L'Erta Ale revêt une importance scientifique capitale. Son lac de lave permanent en fait un laboratoire naturel exceptionnel pour étudier la dynamique des réservoirs magmatiques superficiels, les processus de convection et de dégazage, et la formation de la croûte océanique. En effet, la dépression du Danakil est considérée comme un analogue d'un rift océanique émergé, où l'on peut observer en direct la formation d'une nouvelle croûte terrestre. Pour les volcanologues, c'est un site de référence. Son étude aide à comprendre les éruptions basaltiques effusives et peut fournir des indices pour la surveillance d'autres volcans similaires. Sur le plan culturel et économique, bien que la région soit extrêmement hostile, le volcan attire une niche de tourisme d'aventure (géotourisme), générant des revenus pour les guides Afars. Il est également un élément central du patrimoine naturel et des légendes du peuple Afar.

Anecdotes

La Porte de l'Enfer

Les populations locales Afars nomment l'Erta Ale la 'Montagne qui fume' et considèrent son lac de lave comme une manifestation terrestre de l'enfer ou du monde des esprits. Certaines légendes racontent que les âmes des méchants y seraient envoyées.

Une expédition périlleuse

En 2012, une équipe de scientifiques et de cinéastes, dont le photographe Olivier Grunewald, a passé plusieurs nuits au bord du lac de la lave pour réaliser des prises de vues spectaculaires. Ils ont dû affronter des températures infernales, des fumées toxiques et le risque constant d'effondrement des parois du cratère.

Un lac qui se déplace

Le lac de lave n'est pas toujours au même endroit. En 2005, après un débordement majeur, l'activité s'est déplacée du pit sud vers le pit nord pendant plusieurs années, avant de revenir au pit sud. Ces migrations témoignent de la dynamique complexe du système magmatique superficiel.

Le volcan le plus chaud de la planète ?

Si on combine la température de son lac de lave (environ 1200°C) avec la chaleur ambiante extrême du désert du Danakil (régulièrement au-dessus de 45°C), l'Erta Ale est souvent cité comme l'un des endroits à la température moyenne annuelle la plus élevée à la surface de la Terre.

Sources

  • Global Volcanism Program - Smithsonian Institution: Erta Ale.
  • Oppenheimer, C., & Francis, P. (1998). 'The Eruptive Activity of Erta Ale Volcano, Ethiopia.' Bulletin of Volcanology.
  • Barrat, J.A., et al. (2003). 'Geochemistry of the Erta Ale Volcanic Range, Ethiopia.' Journal of Petrology.
  • Varet, J. (2018). 'Geology of Afar (East Africa).' Springer.
  • Documentaires et reportages de National Geographic, BBC, et travaux du photographe Olivier Grunewald.
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