Introduction
La Syrie moderne, héritière d'une histoire millénaire, occupe une position géostratégique cruciale au cœur du Croissant fertile. Elle est considérée comme l'un des berceaux de la civilisation, ayant vu naître les premières villes et alphabets. Son territoire a été successivement dominé par les empires assyrien, babylonien, perse, hellénistique, romain, byzantin, arabe, ottoman puis français. Depuis son indépendance en 1946, le pays a connu une instabilité politique avant l'arrivée au pouvoir du parti Baas en 1963 et de la famille al-Assad en 1970. Le conflit déclenché en 2011, à la suite du Printemps arabe, a dégénéré en une guerre civile et régionale dévastatrice, impliquant une multitude d'acteurs locaux et internationaux, et causant une catastrophe humanitaire majeure.
Geographie
La Syrie est bordée par la Turquie au nord, l'Irak à l'est, la Jordanie au sud, Israël et le Liban au sud-ouest, et possède une côte étroite sur la mer Méditerranée à l'ouest. Le relief est contrasté : une étroite plaine côtière fertile, la chaîne montagneuse du Jebel al-Ansariyya, la dépression du Ghab, puis le vaste plateau désertique qui couvre la majeure partie du pays (le Badiya). L'Euphrate, le principal fleuve, traverse le pays du nord-ouest au sud-est. Le climat est méditerranéen sur la côte (étés chauds et secs, hivers doux et pluvieux) et devient aride à semi-aride vers l'intérieur, avec de fortes amplitudes thermiques.
Histoire
L'histoire syrienne est d'une densité exceptionnelle. Elle abrita les cités-États d'Ebla et de Mari, puis fit partie des empires successifs. Sous les Omeyyades (661-750), Damas fut la capitale du califat islamique. Après les Croisades et la domination mamelouke, la région fut intégrée à l'Empire ottoman pendant quatre siècles. Placée sous mandat français après la Première Guerre mondiale, la Syrie accède à l'indépendance en 1946. Une série de coups d'État culmine avec la prise de pouvoir du parti Baas en 1963. Hafez al-Assad, ministre de la Défense, prend le pouvoir en 1970 et instaure un régime autoritaire dominé par la minorité alaouite. Son fils, Bachar al-Assad, lui succède en 2000. En mars 2011, des manifestations pacifiques sont réprimées, déclenchant une insurrection armée, la fragmentation du pays et une guerre par procuration impliquant la Russie, l'Iran, le Hezbollah, la Turquie, les États-Unis et divers groupes djihadistes comme l'État islamique.
Politique
La Syrie est officiellement une république présidentielle unitaire, mais fonctionne de facto comme un régime autoritaire à parti unique sous la domination du parti Baas et de la famille al-Assad. Le pouvoir est concentré entre les mains du président, chef de l'État et de l'armée, élu par référendum pour des mandats de sept ans renouvelables. Le Parlement (Conseil du peuple) a un rôle largement consultatif. L'appareil sécuritaire (mukhabarat) est omniprésent. Le conflit a entraîné une fragmentation territoriale : le gouvernement contrôle la « Syrie utile » (Damas, Homs, Hama, la côte), le nord-est est administré par les Forces démocratiques syriennes (FDS) kurdes, le nord-ouest (Idlib) est tenu par des groupes rebelles et jihadistes, et des zones sont sous influence turque ou américaine.
Economie
L'économie syrienne, autrefois diversifiée avec des secteurs agricole, pétrolier, industriel (textile, agroalimentaire) et touristique, est ruinée par la guerre. Les sanctions internationales, la destruction massive des infrastructures, la perte de la majeure partie de la production pétrolière et l'effondrement de la livre syrienne ont provoqué une hyperinflation, une pauvreté extrême et une dépendance à l'aide humanitaire. Le PIB a chuté de plus de 60% depuis 2011. L'économie de guerre est marquée par le trafic, la corruption et le contrôle des ressources par les seigneurs de guerre. La reconstruction, estimée à des centaines de milliards de dollars, est bloquée par l'absence de règlement politique et les sanctions.
Culture
La société syrienne est majoritairement arabe et musulmane sunnite (74%), avec des minorités importantes : alaouites (un courant chiite, dont est issu le clan Assad, environ 12%), chrétiens de diverses obédiences (10%), druzes, ismaéliens et kurdes (la plus grande minorité ethnique, environ 9%). La culture syrienne est un riche mélange d'influences arabe, méditerranéenne, mésopotamienne et ottomane. Elle est réputée pour sa poésie, sa musique (notamment le grand chanteur Fairuz est d'origine syrienne), sa cuisine raffinée (mezzés, kibbeh, baklava) et sa tradition de savon d'Alep. La guerre a causé un exode massif de la population (plus de 6 millions de réfugiés, 7 millions de déplacés internes) et une destruction délibérée d'un patrimoine culturel inestimable (Palmyre, Alep).
Tourisme
Avant 2011, la Syrie était une destination majeure du tourisme culturel et archéologique, attirant des visiteurs vers les souks de Damas et d'Alep (classés au patrimoine mondial de l'UNESCO), le Krak des Chevaliers (château croisé), les villes mortes de la région d'Alep, la magnifique oasis de Palmyre et la citadelle omeyyade de Bosra. Le conflit a anéanti ce secteur. La plupart des sites ont été endommagés, pillés ou détruits, et le tourisme est aujourd'hui inexistant en dehors de quelques visites très limitées et contrôlées par le gouvernement dans des zones sécurisées comme la vieille ville de Damas. La reconstruction du patrimoine est un enjeu colossal pour l'avenir.
