Introduction
Le lac Tchad, vestige d'une ancienne mer intérieure appelée la mer paléotchadienne, est aujourd'hui l'un des plus grands lacs d'Afrique. Situé au cœur du Sahel, il est partagé par le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria. Ce lac endoréique (sans débouché vers l'océan) est alimenté principalement par les eaux du fleuve Chari et de son affluent, le Logone. Sa caractéristique la plus frappante est son extrême variabilité naturelle, tant en superficie qu'en profondeur, soumise aux caprices du climat sahélien. Cette variabilité, exacerbée par les changements climatiques et la pression humaine, en fait un symbole des défis environnementaux contemporains.
Description
Le lac Tchad est un système lacustre complexe et dynamique. Sa morphologie est caractérisée par une grande étendue d'eau libre au sud, une vaste zone de marécages, de plaines inondables et d'îles (comme les célèbres îles du lac Tchad) au nord et à l'est. Sa profondeur moyenne est très faible, généralement inférieure à 2 mètres, ce qui le rend particulièrement sensible à l'évaporation. Le bassin versant du lac s'étend sur environ 2,5 millions de km². Le régime hydrique est dominé par les apports du fleuve Chari (fournissant environ 90% des eaux) et par les précipitations saisonnières. Les paysages environnants vont des zones désertiques au nord aux savanes plus humides au sud.
Histoire
Il y a environ 7 000 ans, la mer paléotchadienne, ou Méga-Tchad, couvrait une superficie estimée à plus de 400 000 km², soit la taille de la mer Caspienne actuelle. Au fil des millénaires, le climat s'est asséché, réduisant cette immense mer au lac actuel. Historiquement, le lac a été un carrefour de civilisations et un centre économique majeur. Les royaumes du Kanem-Bornou, qui prospérèrent du VIIIe au XIXe siècle sur ses rives, en firent un axe central pour le commerce transsaharien (sel, or, ivoire, esclaves). Les explorateurs européens, comme l'Allemand Heinrich Barth au milieu du XIXe siècle, ont documenté son existence pour le monde occidental. Au XXe siècle, les observations satellitaires ont révélé une contraction spectaculaire : de près de 25 000 km² dans les années 1960, sa superficie est tombée à environ 1 500 km² dans les années 2000, avant de connaître une légère reprise ces dernières années, fluctuant entre 5 000 et 15 000 km² selon les saisons et les années.
Caracteristiques
**Superficie :** Extrêmement variable. Historiquement jusqu'à 25 000 km², aujourd'hui entre ~5 000 et 15 000 km². **Profondeur :** Très faible, moyenne de 1,5 mètre, maximale rarement supérieure à 7 m. **Altitude :** Environ 280 mètres au-dessus du niveau de la mer. **Salinité :** Eau douce, bien que l'évaporation intense puisse concentrer les sels dans certaines zones. **Biodiversité :** Le lac et ses zones humides associées abritent une faune et une flore remarquables. On y trouve des hippopotames, des crocodiles du Nil, des lamantins d'Afrique (population menacée), et plus de 120 espèces de poissons, dont certaines endémiques. C'est aussi une zone cruciale pour les oiseaux migrateurs paléarctiques, accueillant des millions d'individus. La végétation est dominée par les papyrus, les roseaux (Phragmites) et les nymphéas.
Importance
L'importance du lac Tchad est multidimensionnelle. **Écologiquement**, c'est une oasis de vie dans une région semi-aride, un hotspot de biodiversité et un régulateur climatique local. **Économiquement**, il est vital pour près de 40 millions de personnes. Il soutient la pêche (fournissant jusqu'à 60% des protéines animales aux riverains), l'agriculture (notamment la culture de décrue sur les rives exondées), l'élevage et l'approvisionnement en eau. **Socialement et géopolitiquement**, il est un facteur de cohésion mais aussi de tensions potentielles entre les pays riverains qui doivent gérer une ressource partagée et fluctuante. La crise sécuritaire liée à Boko Haram dans la région a également gravement affecté les activités économiques et déplacé des populations. Face à son assèchement, la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT), créée en 1964, œuvre pour une gestion durable et des projets de sauvegarde, dont le controversé projet de transfert d'eau depuis le bassin du Congo (projet Transaqua).
