Introduction
Le lac Nicaragua, connu localement sous le nom de Cocibolca ou 'la mer douce', est une immense étendue d'eau douce située dans le sud-ouest du Nicaragua. Avec une superficie d'environ 8 264 km², il domine le paysage et l'économie de la région. Plus qu'un simple lac, c'est un écosystème unique, un acteur historique majeur et une pièce centrale dans les rêves géopolitiques de connexion entre les océans Atlantique et Pacifique.
Description
Le lac Nicaragua s'étend sur 177 km de long et 58 km de large, avec une profondeur maximale de 45 mètres. Il est alimenté par de nombreux affluents, dont le principal est le Río Tipitapa qui le relie au lac Managua. Son émissaire est le fleuve San Juan, qui s'écoule sur 180 km vers la mer des Caraïbes. La caractéristique la plus frappante du lac est la présence de plus de 400 îles, dont la majorité sont d'origine volcanique. L'archipel des Îles du Soleil (Islas del Sol), avec Ometepe en son centre, est le plus célèbre. L'île d'Ometepe, formée par les volcans jumeaux Concepción (actif) et Maderas (éteint), est un symbole national et une réserve de biosphère de l'UNESCO. Les eaux du lac sont turbides en raison des sédiments et du vent, mais elles abritent une biodiversité extraordinaire.
Histoire
Le lac a une histoire humaine riche. Des peuples précolombiens, comme les Chorotegas et les Nicaraos, vivaient sur ses rives et ses îles. Le conquistador espagnol Gil González Dávila le découvrit en 1522. Pendant la période coloniale, le lac et le fleuve San Juan formèrent une voie de transport cruciale ; les pirates et les flibustiers, dont le célèbre Henry Morgan, l'utilisèrent pour attaquer la ville de Granada, accessible depuis la mer des Caraïbes. Au XIXe siècle, le 'lac-océan' attira l'attention des puissances mondiales. Son potentiel pour un canal interocéanique rivalisant avec celui de Panama fut sérieusement étudié, notamment par les États-Unis avec le traité Bryan-Chamorro de 1916. Bien que le projet n'ait jamais abouti, il a laissé une empreinte durable sur la politique régionale. Au XXe et XXIe siècles, un nouveau projet de canal, cette fois dirigé par une entreprise chinoise, a été accordé, suscitant de vifs débats sur ses impacts environnementaux et sociaux.
Caracteristiques
Le lac Nicaragua présente plusieurs caractéristiques uniques au monde : 1) **Requins d'eau douce** : Il abrite une population de requins bouledogue (*Carcharhinus leucas*) qui se sont adaptés à l'eau douce. Ces prédateurs remontent le fleuve San Juan depuis la mer des Caraïbes pour chasser dans le lac, un phénomène rarissime. 2) **Faune endémique** : On y trouve également le poisson-scie d'eau douce (presque éteint), le tarpon, et des poissons-chats géants. 3) **Îles volcaniques** : Les îles, comme Ometepe, Zapatera et les archipels des Solentiname, offrent des paysages spectaculaires et des sites archéologiques importants. 4) **Marées** : Bien qu'il soit un lac d'eau douce, il subit l'influence de marées infimes (environ 30 cm) en raison de sa connexion à l'océan via le fleuve San Juan. 5) **Tempêtes** : De violentes tempêtes, les *xolotlanes*, peuvent s'y lever soudainement, le faisant ressembler à une mer intérieure.
Importance
Le lac Nicaragua est vital à plusieurs niveaux. Écologiquement, c'est un hotspot de biodiversité et un régulateur du climat local. Économiquement, il est la source de vie pour des milliers de pêcheurs (fournissant 80% du poisson consommé dans le pays), un axe de transport et un pôle touristique majeur (Ometepe, Granada). Culturellement, il est au cœur de l'identité nicaraguayenne, source d'inspiration pour la littérature et les arts (notamment l'école de peinture primitiviste des Îles Solentiname). Stratégiquement, il reste un enjeu géopolitique avec les projets récurrents de canal. Cependant, il fait face à de graves menaces : pollution agricole et urbaine, déforestation des bassins versants, espèces invasives (comme le poisson-lion) et les impacts potentiels du changement climatique, ce qui en fait un écosystème à préserver de toute urgence.
