Introduction
Le fleuve Fly, d'une longueur d'environ 1 050 kilomètres, est un géant méconnu d'Océanie. Il draine un bassin versant de plus de 76 000 km², principalement en Papouasie-Nouvelle-Guinée, avec une petite partie en Indonésie (province de Papouasie). Son nom lui a été donné en 1845 par le capitaine britannique Francis Blackwood en l'honneur de son navire, le HMS Fly. Contrairement à de nombreux fleuves mondiaux, le Fly coule dans un environnement largement préservé, sans développement urbain majeur sur ses rives, ce qui en fait un laboratoire naturel unique pour l'étude des écosystèmes fluviaux tropicaux.
Description
Le Fly naît dans les montagnes Star, dans la chaîne centrale de Nouvelle-Guinée, à une altitude d'environ 3 000 mètres. Son cours supérieur est rapide et encaissé. Après avoir quitté les contreforts montagneux, il entre dans une immense plaine alluviale, large de plus de 70 km par endroits, où son cours devient lent et sinueux. C'est dans cette plaine que le Fly reçoit ses principaux affluents, le Strickland et l'Eliptamin. Son embouchure est marquée par un delta majestueux, l'un des plus grands deltas de marée au monde, s'étendant sur environ 100 km de large. Le delta est un labyrinthe complexe de chenaux de marée, de mangroves et d'îles basses. Le débit du Fly est considérable, avec une moyenne de plus de 6 000 m³/s, alimenté par les fortes précipitations équatoriales de la région.
Histoire
La région du Fly est habitée depuis des millénaires par des groupes papous, dont les Boazi et les Gogodala, dont les modes de vie sont intimement liés au fleuve. La première exploration européenne significative fut menée par l'Italien Luigi d'Albertis en 1876, qui remonta le fleuve sur plus de 900 km à bord du vapeur 'Neva'. Au début du XXe siècle, la région attira l'attention pour ses ressources, notamment l'or, conduisant à des explorations minières. La découverte majeure du gisement d'or et de cuivre de Ok Tedi, dans les montagnes Star, dans les années 1960, a profondément modifié la relation avec le fleuve. L'exploitation de la mine à partir de 1984 a entraîné d'importants rejets de déchets miniers (sédiments et métaux lourds) dans le système du Fly, provoquant un grave conflit environnemental et social qui a duré des décennies.
Caracteristiques
Le bassin du Fly est caractérisé par sa faible densité de population humaine et son extraordinaire biodiversité. Ses eaux troubles, chargées de sédiments, abritent une faune ichtyologique très riche, avec plus de 120 espèces de poissons recensées, dont le célèbre requin-bouledogue (Carcharhinus leucas) qui remonte le fleuve sur de longues distances. La plaine inondable et le delta sont couverts de vastes forêts de mangroves, de prairies de roseaux (phragmites) et de forêts marécageuses. La région est un habitat crucial pour des oiseaux emblématiques comme le casoar à une caroncule et l'aigle pêcheur de Papouasie. Le régime hydrologique du Fly est fortement influencé par la mousson, avec des crues saisonnières qui inondent de vastes étendues, créant un écosystème dynamique et productif.
Importance
L'importance du Fly est à la fois écologique, économique et culturelle. Écologiquement, c'est l'un des derniers grands systèmes fluviaux tropicaux relativement intacts de la planète, servant de refuge à de nombreuses espèces. Son delta est une zone humide d'importance internationale (site Ramsar). Économiquement, le bassin a été marqué par l'industrie minière (Ok Tedi), qui a fourni une part significative des revenus de la Papouasie-Nouvelle-Guinée mais au prix d'une pollution durable. Aujourd'hui, la pêche de subsistance et la chasse restent vitales pour les communautés locales. Culturellement, le fleuve est au cœur des mythes, des traditions et de l'identité des peuples riverains. Il représente également un défi majeur de gouvernance, entre préservation d'un patrimoine naturel unique et pressions pour le développement des ressources.
