Introduction
Le désert du Taklamakan, cœur du bassin du Tarim en Asie centrale, est une vaste mer de sable enfermée par certaines des plus hautes chaînes de montagnes du monde : le Tian Shan au nord, le Pamir à l'ouest et le Kunlun au sud. Cette géographie en fait un désert de 'pluie fantôme', où l'humidité est presque entièrement bloquée, créant l'un des environnements les plus secs et extrêmes de la planète. Il incarne à la fois une barrière naturelle redoutable et un carrefour historique de civilisations.
Description
S'étendant sur environ 337 000 km² (soit près des deux tiers de la superficie de la France), le Taklamakan est principalement composé de dunes de sable mouvantes, dont certaines peuvent atteindre plus de 300 mètres de hauteur. Ces dunes, de type barkhanes, longitudinales et en étoile, sont constamment remodelées par des vents violents. Le désert présente un climat continental extrême, avec des températures estivales dépassant 40°C et des hivers rigoureux où le mercure peut chuter en dessous de -20°C. Malgré cette aridité, plusieurs grands fleuves, alimentés par la fonte des glaciers des montagnes environnantes (comme le Tarim, le Hotan et le Yarkand), pénètrent dans le désert avant de s'y perdre. Leurs cours ont créé une série d'oasis fertiles en périphérie, qui ont été vitales pour la survie et le commerce.
Histoire
Le Taklamakan occupe une place centrale dans l'histoire de la Route de la Soie. Ses oasis, telles que Kashgar, Yarkand, Khotan et Kucha, étaient des étapes cruciales pour les caravanes qui évitaient le cœur mortel du désert en empruntant les routes du nord et du sud. Ces cités-États prospérèrent comme centres commerciaux, culturels et religieux, diffusant le bouddhisme, le manichéisme et le nestorianisme. Les sables ont préservé d'innombrables artefacts et sites archéologiques, comme les momies du Tarim (datant de 1800 av. J.-C.) et les grottes de Mogao, témoignant d'échanges culturels anciens. L'exploration du désert aux XIXe et XXe siècles par des figures comme Sven Hedin, Aurel Stein et Albert von Le Coq a révélé ces trésors, mais aussi les périls du 'Lieu des Ruines'.
Caracteristiques
1. **Morphologie** : Vaste bassin endoréique dominé par des champs de dunes complexes (ergs), avec des zones de désert de pierre (reg) en bordure. 2. **Hydrologie unique** : Réseau de rivières temporaires et de lits asséchés (oueds). Le fleuve Tarim, le plus long de Chine intérieure, se termine dans le lac Lop Nor, aujourd'hui largement asséché. 3. **Écologie** : La vie est concentrée dans les corridors fluviaux et les oasis, avec des peupliers euphrates, des tamaris et des roseaux. La faune comprend le chameau de Bactriane sauvage, en danger critique, des lézards, des gerbilles et quelques loups. 4. **Dynamique éolienne** : Les vents dominants créent des tempêtes de sable fréquentes et déplacent les dunes de plusieurs mètres par an, ensevelissant parfois des routes et des sites anciens.
Importance
Le Taklamakan est d'une importance stratégique, historique et économique majeure. Historiquement, il fut le creuset des échanges Est-Ouest. Aujourd'hui, la région du Xinjiang, riche en ressources (pétrole, gaz naturel), est un pivot de l'initiative chinoise 'Nouvelles Routes de la Soie' (Belt and Road). Le désert pose des défis environnementaux critiques : la désertification menace les oasis, l'exploitation intensive des rivières pour l'agriculture (notamment le coton) assèche les cours d'eau en aval, et les tempêtes de sable contribuent aux problèmes de qualité de l'air à grande échelle. La construction de routes traversant le désert, comme l'autoroute du Tarim, bordée de brise-vent et de grillages stabilisateurs, illustre la lutte permanente contre l'ensablement.
